Mossoul, ancienne capitale autoproclamée de l’organisation Etat Islamique, a été reprise par l’armée irakienne en juillet dernier. Neuf mois après la fin de la bataille, la vieille ville, où se sont concentrés les combats, est encore un cimetière à ciel ouvert.

Dans la vieille ville de Mossoul, détruite à 80%
Dans la vieille ville de Mossoul, détruite à 80% © Radio France / Géraldine Hallot

Il ne porte même plus de masque, tellement il est habitué à l’odeur de la mort. Dawood Salem est pompier, au sein de la défense civile de Mossoul. Dans les ruines de la vielle ville, où tout n’est que gravats et poussière, il fait le sale boulot que personne ne veut faire. Il ramasse les dépouilles de djihadistes et les enveloppe dans de grands sacs blancs.

"La bataille de Mossoul s’est terminée ici dans la vieille ville" raconte Dawood Salem. Daesh s’était retranché dans ces maisons. Aujourd’hui, il y a encore des corps de djihadistes partout dans les rues, dans les allées, sous les gravats. La municipalité a peu de moyens et peu de personnels pour nettoyer tout ça.  Alors nous, les pompiers de la défense civile, nous les aidons. Il faut faire attention car le terrain est dangereux. La semaine dernière, un enfant nettoyait le pas de sa porte, il a sauté sur une mine… Il est mort sur le coup

Plus on s’enfonce dans la vieille ville en direction du fleuve, puis le décor est apocalyptique. Les maisons ont été entièrement rasées par les bombardements. Ici et là surgissent des objets de la vie passée : un jouet d’enfants, une paire de chaussures, une ceinture explosive dont on distingue les billes d’acier.

Ce matin-là, dans les décombres, un officier irakien du renseignement retrouve aussi des documents d’identité. "C’est une famille de Daesh ! Un homme et six autres personnes" crie l'officier du renseignement.  "Il y a une carte établie par Daesh au nom d’Abu Saïf Al Faransi. Et un passeport rouge aussi, un passeport français !"

Le soldat irakien qui l’accompagne dit sa colère : "Mais qu’est-ce que ce djihadiste faisait dans mon pays? Il est venu ici pour tuer des civils ! Il n’avait rien à faire ici ! »   

Quelques habitants et commerçants de la vieille ville se sont lancés dans des travaux dérisoires… Que peut-on reconstruire quand tout n’est que poussière ? Mais qu’importe, Nassim Yassien espère rouvrir bientôt son salon de thé situé juste en face de la Mosquée Al Nouri, où Al Bagdadi proclama son califat en 2014. Et en ces premiers jours du printemps, il fume ostensiblement une cigarette. 

Au centre, Nazim Yassien, devant ce qu'il reste de son salon de thé
Au centre, Nazim Yassien, devant ce qu'il reste de son salon de thé © Radio France / Géraldine Hallot

"On se sent soulagé depuis que l’Etat Islamique n’est plus parmi nous" explique Nazim Yassien. "C’était très dur quand ils étaient là. Un jour ils ont senti une odeur de cigarette dans mon salon de thé. Ils m’ont arrêté, j’ai reçu 21 coups de bâton sur dos, ils m’ont relâché au bout d’une semaine"

Il faut aller un peu plus au sud, dans le quartier de Bal Al Tub, pour que le mot "reconstruction" prenne un peu de sens. Les pelleteuses sont passées, des ouvriers préparent du ciment.

Hazem Mohammed Ali est ingénieur, il est employé par le gouvernorat de Mossoul. "Pour l’instant on reconstruit les choses basiques, les routes, les feux de signalisation et les immeubles du gouvernement" dit l'ingénieur. "Dans la vieille ville, c’est plus difficile. Elle est détruite à 80%. On a besoin d’énormément d’argent pour déblayer et reconstruire. On a les ouvriers et on a les machines, mais on manque d’argent pour payer les salaires et les matériaux!

Le général Najim Al Jibouri
Le général Najim Al Jibouri © Radio France / Géraldine Hallot

Le général Najim Al Jibouri (photo ci-dessus) fut l’un des artisans de la libération de Mossoul. Il commande les opérations militaires dans la province de Ninive.  Aujourd’hui, il demande de l’aide à la communauté internationale. "La population a besoin d’emplois", prévient-il. "Elle a besoin qu’on reconstruise la ville. Elle a besoin d’aide. Si on laisse les habitants dans cette situation, peut-être que certains se retourneront à nouveau vers des groupes terroristes comme l’Etat Islamique ou Al Qaïda".

Comme un signe d’espoir, juste en face de la vieille ville, de l’autre côté du fleuve, la vie a repris presque normalement. Il y a des embouteillages, le parc d’attraction a rouvert et dans les restaurants de Mossoul-est, on entend de la musique occidentale, chose inimaginable sous l’organisation État islamique.

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