Le zoom de France Inter nous emmène ce matin au Pakistan, qui est en train de planter 10 milliards d’arbres pour lutter contre la déforestation.

Des ouvriers agricoles plantent des arbres à Haripur (nord-ouest du Pakistan)
Des ouvriers agricoles plantent des arbres à Haripur (nord-ouest du Pakistan) © Radio France / Clémence Bonfils

Actuellement, seuls 2% du territoire pakistanais sont recouverts de forêts. C’est l’un des plus faibles taux au monde. Il s'explique en partie par les coupes massives imposées par les Talibans dans le nord du pays, qu’ils occupaient il y a 10 ans (vallée de Swat). Reportage au Pakistan de Géraldine Hallot, Clémence Bonfils et Nazar Ul Islam.

La veille, il a plu. C’est un miracle, tant la province du Khyber Pakhtunkhwa au nord-ouest du Pakistan est ravagée par la sécheresse. En cette matinée ensoleillée et douce, Sied Kazmi, le chef de la division forestière d’Haripur, inspecte avec fierté sa pépinière. 1,2 millions de graines d’arbres viennent d’être plantées sur un hectare.

Une pépinière à Haripur
Une pépinière à Haripur © Radio France / Géraldine Hallot

On essaie de réparer nos terres.

"C’est une pépinière type sur laquelle on fait pousser des plantes indigènes et des arbres forestiers, explique le chef forestier, une fois qu’ils auront atteint une taille suffisante, nous les replanterons dans les champs et les collines des environs." "Regardez autour de nous, tout est vide, tout a été rasé, soupire-t-il, _on essaie de réparer nos terres qui ont été victimes de la déforestation pendant des décennies_." La ville d’Haripur est située à une heure et demi de route d’Islamabad. Jusqu'à présent elle était surtout connue pour avoir abrité Oussama Ben Laden. Le chef d’Al Qaïda y aurait vécu entre 2003 et 2005, avant de partir à Abbotabad, à 40 kilomètres de là, où il est abattu par les Américains en 2011.

Haripur est située à 40 kilomètres d'Abbotabad, où Oussama Ben Laden a été tué en 2011
Haripur est située à 40 kilomètres d'Abbotabad, où Oussama Ben Laden a été tué en 2011 © Radio France / Géraldine Hallot

De ce passé dérangeant, Muhammad Yaqoob n’a que faire. Cet ouvrier agricole, qui ne sait ni lire ni écrire, est tout heureux d’avoir trouvé un travail dans la pépinière. Sa tâche : enlever à la main les mauvaises herbes. "Travailler dans cette pépinière, c’est vraiment une bonne chose pour moi, se réjouit le père de famille, d’abord parce que j’habite tout près, ensuite parce qu’ils me versent mon salaire régulièrement, tous les 1er du mois. Ce n’est pas le cas dans les autres endroits où j’ai travaillé avant."

Muhammad Yaqoob, un ouvrier agricole, arrache les mauvaises herbes
Muhammad Yaqoob, un ouvrier agricole, arrache les mauvaises herbes © Radio France / Géraldine Hallot

25 ouvriers ont été embauchés pour entretenir la pépinière. À l’échelle du pays, ce sont des milliers de Pakistanais qui participent à cette campagne de plantation de 10 milliards d’arbres, autant de personnes qui ne rejoindront pas les groupes radicaux, espère Sied Kazmi. "Si on leur fournit un travail près de chez eux, pourquoi iraient-ils rejoindre ces groupes extrémistes qui les déconnectent de fait de leur famille et de la société ? Les gens sont heureux de venir travailler dans nos plantations", assure le chef forestier. Il ajoute, confiant : "Vous savez, le vert est la couleur de la paix et de l’humanité."

Un impact sur le long terme

À quelques kilomètres de là, dans le centre d'Haripur, des ouvriers agricoles s'affairent à replanter les arbres élevés en pépinière. Le décor est lunaire : nous sommes dans le lit asséché d'une rivière, tout est sec et recouvert de pierres.  

Les arbres sont plantés dans le lit asséché d'une rivière, dans le centre d'Haripur
Les arbres sont plantés dans le lit asséché d'une rivière, dans le centre d'Haripur © Radio France / Géraldine Hallot

"Je plante plus de 60 arbres par jour !", claironne Shapur, un ouvrier afghan de 63 ans. On lui demande si ça ne le dérange pas de planter tous ces arbres à main nue. "ça ne me pose aucun problème ! Je n’ai contracté aucune maladie ici !", répond l'ouvrier en creusant vigoureusement la terre.

Shapur, un ouvrier agricole de 63 ans
Shapur, un ouvrier agricole de 63 ans © Radio France / Géraldine Hallot

Quel impact auront ces arbres une fois plantés ? Pour de faire une idée, il faut prendre la route vers le sud, direction Khanpur. C’est ici qu’une première campagne de plantation de moindre ampleur avait été lancée dès 2014. Des centaines d’eucalyptus y avaient été plantés. Rab Nawaz est l’un des responsables de WWF, l'ONG qui a contrôlé le programme de manière indépendante. "Les autorités affirment que les températures et la qualité de l’air se sont améliorées, dit-il, nous pensons que c’est vrai." "Mais ces choses-là évoluent lentement, nuance-t-il,  cela va prendre des années. Mais bien sûr, chaque arbre que vous plantez a un impact positif". 

En attendant à Khanpur, les eucalyptus atteignent plusieurs mètres de haut. On y entend à nouveau le bruit des oiseaux. Dans cette province habituée aux constructions anarchiques, la nature reprend un peu ses droits.

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