Le ministre de l'Economie Bruno Le Maire commence à y croire, car cette "technologie est stratégique, selon lui, pour parvenir à une économie zéro carbone". Mais la France reste à la traîne. Seules quelques entreprises, ou villes pionnières s'y mettent. Exemples en Vendée et dans le Pas-de-Calais.

 Mathieu Guesné, créateur de Lhyfe, pour produire un hydrogène renouvelable
Mathieu Guesné, créateur de Lhyfe, pour produire un hydrogène renouvelable © Radio France / Celia Quilleret

À Bouin, en Vendée, au bord de l'Atlantique, le cadre est idéal. De l'eau de mer arrive dans le canal du port du Bec, tout près des ostréiculteurs, et cinq éoliennes tournent à plein régime dans un champ. Tout est là pour casser la molécule d'eau et produire un hydrogène renouvelable. Mathieu Guesné en rêvait, cet ingénieur, ancien du CEA, le commissariat à l'énergie atomique, a créé sa start up, "Lhyfe", en 2017, pour fabriquer ce carburant de l'avenir. Et il vient de lever huit millions d'euros pour être opérationnel l'an prochain. "L'eau de mer est une ressource infinie", se réjouit-il, "et il en faut très peu, car dans un litre d'eau, il y a l'équivalent en hydrogène de ce qu'il y a dans un litre d'essence". Sans oublier qu'un kilo d'hydrogène permet de rouler pendant 100 kilomètres.  

En 2021, des véhicules à hydrogène à La Roche-sur-Yon

Dès 2021, 300 kilos d'hydrogène sortiront chaque jour de cette usine, direction La Roche-sur-Yon. Une quinzaine de bus, bennes à ordures ou camions de pompiers pourront en bénéficier. Les élus ont tout de suite dit oui à Mathieu Guesné. Laurent Favreau, vice-président de La Roche-sur-Yon agglomération, le précise, "cela va impacter nos finances mais nous nous demandons comment gagner la bataille de la qualité de l'air".  Cet hydrogène vert permet en effet de créer "une chaîne sans CO2", ajoute Mathieu Guesné, et en amont, "nous sommes producteurs d'oxygène et non plus émetteurs de gaz à effet de serre, comme c'est le cas aujourd'hui", ajoute-t-il. Il réfléchit d'ailleurs à mesurer l'impact de cet oxygène, s'il était redonné aux océans qui en manquent cruellement.   

Du charbon à l'hydrogène vert : une révolution dans le bassin minier

Changement de décor. Dans le Pas-de-Calais, en pleine région minière, à Bruay-la-Buissière, ces bus à hydrogène sont déjà une réalité. Le symbole est fort, les terrils apparaissent au loin, comme un vestige du passé, et tout près, des cuves à hydrogène remplacent les stations diesel des bus. "C'est un vrai plus en terme de confort, de bruit, d'image et d'attractivité pour le territoire", se réjouit Ludwig Maudrich, directeur de projet au Syndicat mixte des transports Artois Gohelle. "Sur les communes traversées par cette ligne, 45% des habitants ne sont pas motorisés, les gens ont besoin de cette mobilité, et le faire avec un service de transports en commun entièrement propre est un vrai plus pour les habitants" explique Benoît Descamps, l'un des responsables du syndicat de transports, qui prévoit déjà quelques bus supplémentaires et une station d'hydrogène plus grande, pour pouvoir approvisionner plus de personnes. Benoît Descamps précise que le syndicat a investi un peu moins de 10 millions d'euros pour six bus et une station de production d'hydrogène, "car ces bus coûtent trois fois plus cher que les bus classiques, mais le pari de l'hydrogène est en voie d'être gagné".  

Dans le Pas-de-Calais, six bus à hydrogène relient désormais Bruay-la-Buissière et Auchel
Dans le Pas-de-Calais, six bus à hydrogène relient désormais Bruay-la-Buissière et Auchel © Radio France / Celia Quillleret

L'Etat attendu au tournant

Pour les militants de l'hydrogène, comme Alain Leboeuf, vice-président du département de Vendée, ces exemples prouvent que l'État a intérêt à soutenir d'urgence cette filière et à arrêter de concentrer tous ses investissements sur l'énergie nucléaire. "Il faudrait 90 millions d'euros chaque année", estime-t-il. "On ne peut pas continuer à se reposer uniquement sur cette énergie nucléaire qui ne coûtait pas cher" s'énerve-t-il.  Or aujourd'hui l'hydrogène reste une exception dans les transports. Un vent nouveau souffle ça et là sur l'hydrogène, mais suffira-t-il à réduire les coûts et créer une réelle alternative au diesel ? Certains l'espèrent, la France en est encore loin.

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