C’est un rêve pour certains mais un cauchemar pour d’autres. Sur le littoral, dans le Pas-de-Calais, des promoteurs veulent construire la plus grande serre tropicale du monde. Un jardin d’éden, chauffé à 28 degrés, près de Berck-sur-Mer. Mais les écologistes dénoncent un projet démesuré et destructeur du climat.

Deux visions de l'écologie s'affrontent face à ce projet de serre géante dans le Pas-de-Calais.
Deux visions de l'écologie s'affrontent face à ce projet de serre géante dans le Pas-de-Calais. © Tropicalia

Pour le moment, c'est un terrain vague situé au Champ Gretz, une zone déjà urbanisée, sur la commune de Rang-du-Fliers. Demain, si le rêve des promoteurs se réalise, il y aura ici, à quelques kilomètres des dunes et des phoques de la Côte d'Opale, une immense serre de 32 mètres de haut pour accueillir 500.000 visiteurs par an. Nicolas Fourcroy, l’un des porteurs de projet, voit les choses en grand depuis six ans, il ambitionne de créer la plus grande serre tropicale du monde sous un seul dôme, après celle de Leiptzig, en Allemagne. Et pour lui, c'est surtout "la seule serre intégralement chauffée avec des énergies renouvelables, solaire thermique et géothermie". Il défend donc "un modèle d'efficacité énergétique qui devrait être célébré" pour cette serre qui aura tout de même besoin de près de 3 gigawattheures d'énergie. L'hiver, la géothermie viendra apporter un peu plus de chaud, et l'été, s'il y en a trop, la serre pourra alimenter l'hôpital tout près grâce à son énergie excédentaire.

À l'intérieur de Tropicalia, des papillons venus du Costa Rica, des poissons, des plantes d'Amazonie profiteront d’une chaleur recyclée. Cédric Guérin, ancien vétérinaire, veut absolument faire découvrir cette biodiversité tropicale. "Vous ne trouverez pas ici de félins, de lamentins ou d'hippopotames" affirme-t-il, "mais ce sera une expérience immersive avec des milliers de papillons venant d'Amérique du Sud ou d'Afrique. Et l'élevage des papillons, ajoute-t-il, permet de lutter contre la déforestation, car ces papillons ont besoin de plantes !" 

Tempête sous les tropiques

Mais cette serre provoque des remous. Le permis de construire a été attaqué. À la mairie de Rang-du-Fliers, on en discute entre élus. Claude Coin, le maire, a fini par être convaincu. Pour les emplois promis, près de 100 dans un premier temps, puis 145 au bout de cinq ans. Et pour les retombées touristiques et économiques. Il estime que les opposants sont des "ayatollahs de l'écologie". Et puis il pense à ses administrés qui n'iront  "peut-être jamais en Guyane". C'est un "rêve pour eux". 

En face justement, une trentaine d’associations se sont réunies au sein du collectif Non à Tropicalia. Hélène, militante Europe écologie les Verts, est venue de Saint-Omer; pour elle "il faut arrêter de jouer aux apprentis-sorciers, c'est un caprice inutile car la biodiversité se protège là où elle se trouve". Or la région des Hauts de France a prêté deux millions d’euros sur un total de 12 millions d'euros de subventions publiques. "Il faut arrêter de financer ce genre de projets", s'insurge Martine Minne, d'Attac Flandres, qui prépare la manifestation de samedi. Cette militante dunkerquoise ne croit pas au capitalisme vert défendu par les promoteurs. Pour elle "c'est un projet capitaliste pour gagner de l'argent, c'est tout". De leur côté, les activistes comme Nico du réseau de défense animale L214 fourbissent leurs armes et contestent l’argument pédagogique. "C'est aberrant, insiste-t-elle, est-ce que je vais faire des icebergs ou une piscine avec des pingouins en plein milieu du désert ?" Elle dénonce une "contrefaçon mensongère". 

Une manifestation a réuni près de 200 personnes sur le site fin décembre.
Une manifestation a réuni près de 200 personnes sur le site fin décembre. / Collectif Non à Tropicalia

Les bétonneuses devraient arriver assez vite cette année pour construire cette serre, mais quand ? Mystère, les promoteurs restent discrets. Ils veulent sans doute éviter la constitution d'une ZAD, une zone à défendre, sur place. Et en effet les activistes sont prêts, ils promettent d'être au rendez-vous pour le démarrage des travaux. Sans donner plus de détails. 

Ce sont en tout cas deux visions qui s’affrontent sur un sujet qui s’invite dans les régionales. La candidate écologiste Karima Delli est en effet vent debout contre ce projet. Lors de la dernière manifestation, en décembre, elle twittait "ce safari sous cloche est une catastrophe écologique de plus". Elle s'oppose donc sur ce sujet à l'actuel président de région, Xavier Bertrand.

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