Wuhan, berceau présumé du coronavirus, où sont mortes la plupart des victimes chinoises, va accueillir une équipe d’experts internationaux de l’OMS. Leur mission : remonter aux origines de la pire pandémie depuis un siècle, responsable de 1,5 million de morts dans le monde.

Parmi les 44 premiers cas de Covid-19 repérés à Wuhan entre le 31 décembre 2019 et le 3 janvier 2020, la plupart seraient venus du marché exotique Huanan, à Wuhan, fermé depuis.
Parmi les 44 premiers cas de Covid-19 repérés à Wuhan entre le 31 décembre 2019 et le 3 janvier 2020, la plupart seraient venus du marché exotique Huanan, à Wuhan, fermé depuis. © AFP / Hector Retamal

Le marché Huanan de Wuhan, fermé depuis un an, est-il l’épicentre de la pandémie ? C’est une question essentielle à laquelle devront répondre les experts, un an après que, le 7  janvier 2020, les scientifiques chinois ont isolé un virus qui sera baptisé Covid-19.

Les 44 premiers cas de la nouvelle pneumonie virale repérés dans la ville entre le 31 décembre 2019 et le 3 janvier 2020 venaient pour la plupart de ce marché très fréquenté… et exotique, rappelle un chauffeur de taxi de Wuhan.

Dans ce marché, on trouvait tout ce qu’on voulait. Ils vendaient du crabe, des animaux sauvages, des fruits de mer.

Au début, la chauve-souris est désignée comme "réservoir naturel" du nouveau coronavirus, et le pangolin comme l’animal intermédiaire qui aurait contaminé l’homme, sans preuves concluantes. Par ailleurs, souligne un expert de l'Organisation mondiale de la santé (OMS),  "rien n’indique que le virus a été fabriqué". Depuis quelques mois, la presse d'État chinoise diffuse des informations non avérées selon lesquelles le virus aurait circulé en Europe avant d’être détecté à Wuhan.

Le poison du doute

Une hypothèse qui gagne les esprits, et notamment celui de cet habitant de la capitale du Hubei, qui s’interroge : "On ne sait pas d’où le virus est venu. Peut-être avec les fruits de mer surgelés, importés, puisqu’on l'a déjà détecté dans [ces produits]. Il semble qu’il ne soit pas  forcément issu des animaux sauvages."

L’équipe de l’OMS chargée d'enquêter sur la source de la Covid-19 est composée d’épidémiologistes et de zoologues. Une première mission, en février dernier, n’avait pas donné grand-chose. Cette fois, les scientifiques disent vouloir "explorer toutes les pistes  sans désigner de coupable".

Ils travailleront à Wuhan sur des échantillons prélevés par leurs collègues chinois. Ce qui ne rend pas monsieur Li, dont la mère est morte de la Covid-19, très optimiste sur l’issue de l’enquête.

Ce virus est un mystère. Un an après son apparition, comment les experts vont-ils pouvoir remonter jusqu’à la source ? Le marché Huanan n'existe plus, et le gouvernement local sait que les experts viennent. J’ai peur qu’ils ne réussissent pas à voir les témoins du début, ce qui est tout à fait possible.

Comment remonter des pistes un an après le début présumé de l'épidémie, et après un an de fermeture de son lieu d'origine probable, le marché Huanan ?
Comment remonter des pistes un an après le début présumé de l'épidémie, et après un an de fermeture de son lieu d'origine probable, le marché Huanan ? © AFP / Noel Celis

Un regard extérieur

Mais Yang-min, dont la fille est morte du coronavirus à l'âge de 24 ans, attend les preuves avec espoir. "J’attends toujours, je souhaite cette enquête. Je ne crois pas un mot de ce qui est dit maintenant. Je souhaite que l’enquete soit faite conjointement [avec l'OMS], c'est seulement à cette condition que j’aurais confiance."

Si l’enquête n'est menée que par les autorités locales, comment espèrent-elle  pouvoir nous convaincre ?

L’enquête sur les origines du virus est un sujet sensible, tout autant que l’épidémie. Une journaliste chinoise vient d'être condamnée à 4 ans de prison pour avoir filmé les scènes de chaos dans les hôpitaux au tout début de la crise sanitaire. Le film officiel, qui était en tournage à Wuhan ces derniers jours, veut faire oublier ces images et glorifier le sacrifice des équipes médicales de la première ligne, à grand renfort de figurants et d’artistes.

Comme cette chanteuse d’opéra, "venue d’une autre province pour participer" : "Le film, dont le tournage doit durer plusieurs mois, va s’appeler Les Médecins chinois. Il raconte au monde entier et au peuple chinois le courage et le dévouement des [professionnels de santé] chinois dans leur lutte contre l’épidémie."

Quelle sera la communication autour de l’enquête de l'OMS ? La pression qui s'exerce sur l'institution, en tout cas, est forte.

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