Faire appel à un professionnel pour trouver l'âme soeur, régler ses problèmes de poids ou choisir la couleur de son papier peint. De plus en plus de gens font appel à un coach pour tout ça. Entre gourou et psychanalyste, le coach, ce nouveau maître à penser, s'empare de tous nos espaces de vie et on peut même dire qu'il n'y a plus un seul domaine de nos existences qui échappe à la déferlente du coaching. Alors un coach, en français, c'est bien sûr un entraineur. D'où un vocabulaire largement emprunté au sport. Le coach en effet parle objectifs, obstacles à franchir, performance. On se fait coacher pour améliorer son apparence, ses relations amoureuses, pour cultiver sa confiance en soi ou encore mieux s'exprimer en public. Bref, quel que soit le problème, le coach detient la recette du succès. En tout cas, c'est ce que l'on nous vend. Et on nous le vend partout. Dans les librairies notamment, les rayons consacrés au développement personnel explosent. Delphine Bouetard est la responsable de la librairie du Virgin Mega Store des Champs Elysées (interview). A la télé, la recette fait aussi des miracles. C'est par exemple, le cas de l'emission « Déco » sur M6, présentée par Valérie Damidot, sorte de tornade blonde qui déboule chez vous pour tout repeindre en rose. Elle réunit chaque semaine 4 millions de téléspectateurs. Mais on pourrait également citer "Belle toute nue" sur Téva, ou "Relooking extrême". Ce qui compte, c'est l'avant-après comme l'explique Stephane Dieutre. Il est co-directeur du cabinet de consulting Think Out (interview). A Paris, tous les grands magasins offrent désormais les services d'un "styliste privé" qui connaît toutes les tendances les plus modes. Les grands hotels aussi s'y sont mis, comme le très branché Hotel Coste qui a recruté il y a quelques temps une coach. Elle s'appelle Djemila K. Et aujourd'hui, Djemila a rendez-vous avec l'une de ses clientes (ou plutôt l'une des ses coachés), Corinne. Depuis peu attachée de presse dans le milieu de l'art, Corinne avait besoin qu'on l'aide à soigner sa façon de s'habiller. Elément indispensable pour avoir confiance en elle. (Petit extrait de séance de travail). Silhouette longiligne, dentition d'une blancheur parfaite, Djemila K est une femme ultra sophistiquée. Elle a longtemps été mannequin puis rédactrice de mode. Elle n'aime pas dire qu'elle est coach. Elle préfère l'appelation "votre meilleure amie à Paris" (interview). Débarquée des Etats-Unis dans les années 90, la mode du coaching s'est d'abord popularisée dans la sphère professionnelle. Aujourd'hui, elle a pris racine dans notre culture. Preuve, pour le sociologue Robert Egby, d'une crise sans précédent de la construction de l'individu (interview). Derrière tout cela, il y aurait donc l'angoisse de l'exclusion, la peur de ne pas être dans la norme, dans une société qui nous veut toujours plus beaux, plus intelligents, plus productifs comme le suggère le célèbre "Travailler plus pour gagner plus". Le philosophe Pierre Le Coz, auteur de "L'empire des coachs", considère même le coaching comme une addiction qui nous libérerait de tout, sauf de l'aliénation à ces nouveaux petits maîtres du conformisme et du contrôle social. Un reportage d'Alexandra Ackoun.

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