Le Brésil est au plus fort de l’épidémie de Coronavirus, avec une moyenne de 1200 morts chaque jour. Dans les favelas de Rio, les populations sont déboussolées et la gestion de la crise sanitaire est entre les mains des organisations criminelles et du trafic de drogue. Reportage.

Patrouille d'infirmiers dans la Favela do Paraisopolis
Patrouille d'infirmiers dans la Favela do Paraisopolis © Getty / Andre Lucas/dpa

Au Brésil, face à l'épidémie de coronavirus qui frappe le pays de plein fouet, les décisions politiques sont totalement contradictoires et confuses. Le président d’extrême droite Bolsonaro, qui fait pression pour relancer l’économie, malgré les victimes, et à Rio, dans les favelas, les populations en proie à cette crise sanitaires sont totalement laissées pour compte.

"Laissez les mourir à l’intérieur"

Sur place, le chef du gang local nous a donné donne son feu vert mais il ne communiquera que par message audio. Il nous explique qu’il ressent les symptômes du coronavirus, qu’il se soigne, avec un cocktail de médicaments pour pouvoir se remettre sur ses pieds, car c’est aussi lui qui fixe les règles de quarantaine pendant l’épidémie.

Zein, producteur culturel, résume : "Le trafic a fait ce qu’aurait dû faire l’état". En ce moment, tout est à l’arrêt pour lui, alors il participe, il aide à évacuer notamment les cadavres des habitations. Il s’est occupé de huit victimes du Covid depuis le début de l’épidémie : "L’idée de ceux qui gouvernent, c’était que tout le monde soit contaminé ici, mettre un cordon sanitaire autour de nous et dire à la police 'laissez les mourir à l’intérieur'".

"Dire que l’on doit sortir, se réunir, ça c’est pas possible !"

Jaïr Bolsonaro n’a jamais appelé les brésiliens à rester confinés. Le gouverneur de l’État de Rio, Wilson Witzel, s’est prononcé en faveur du confinement, mais son entourage est actuellement poursuivi en justice pour détournement de biens publics destinés à la gestion de la crise sanitaire.

Nombreux sont ceux qui se sont vus mourir dans la favela de Penha. Après avoir été contaminée, Fabiana ne voit plus les choses de la même manière : "Je suis en faveur du gouvernement Bolsonaro mais j’ai mon propre point de vue. Jamais je ne ferais ce qu’il est en train de faire, dire que l’on doit sortir, se réunir, ça c’est pas possible !! Parce que c’est facile de parler du virus sans jamais en avoir ressenti les effets".

Malgré le couvre feu, et l’obligation de porter un masque, impossible d’éviter la circulation et la proximité dans ces ruelles de la favela de Penha. Ici, le sentiment d’abandon est encore plus fort avec l’épidémie. Camila se sent humiliée : "C’est honteux, ce que fait le gouvernement. Ils arrivent avec un petit sac, deux kilos de riz, un kilo de haricots. C’est quoi ça ? on va faire quoi avec ça ? C’est misérable, lui en tant que président : c’est une m... ! Il passe son temps à provoquer le chaos, la guerre entre les gens, il ne fait absolument rien pour le peuple".

Double peine pour les plus pauvres

Au kilomètre 32, dans la lointaine banlieue de Rio, ce sont les miliciens qui contrôlent tout. Des paramilitaires, anciens policiers, anciens pompiers auxquels Elaine doit obéir : "Ils passent par Facebook pour donner les consignes. Maintenant ils remettent tout le monde au travail. Au début, c’était 'tout le monde avec un masque et personne dans la rue après 21h', sinon, ils te mettent dans le coffre, t’emmènent et ils te tuent".

Ces habitants font comme ils peuvent, sous les ordres des trafiquants, des miliciens, et avec l’aide des ONG ou de certains pasteurs comme Jeferson : 

"C’est le président Bolsonaro qui montre la voie et les choix de son gouvernement sont les fruits d’une réflexion criminelle contre les populations les plus pauvres du Brésil"

Les pasteurs évangéliques sont très souvent le dernier recours pour les brésiliens les plus modestes.

"Tout ceux qui sont sur le terrain sont révoltés"

Marco Tadeu préside un groupement de 32 églises évangéliques de l’Assemblée de Dieu, dans la zone ouest  de Rio : "Il faut que voir ce que ça peut générer. Ce peuple, pacifique, peut d’un coup se mettre à brûler des pneus barrer les routes regarder aux Etats Unis. Avec la mort de ce noir, regardez ce que ça provoque, il faut faire attention à ça !  Il y a des limites à tout !"

Dans le cas où ces limites seraient franchies, Jaïr Bolsonaro prévoit déjà de solliciter l’armée pour rétablir l’ordre. Il travaille aussi pour obtenir une majorité à l’assemblée dans le but de libéraliser le port d’armes.

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