L'organisation "État islamique" s'approche de Bagdad
L'organisation "État islamique" s'approche de Bagdad © Stringer / Stringer

La semaine dernière, Manuel Valls annonçait la création d'un centre de déradicalisation pour les djihadistes de retour en France. À Vilvorde, commune limitrophe de Bruxelles d'où 28 jeunes sont partis en Syrie, pas de centre, mais une méthode qui fait parler d'elle jusqu'à Washington.

C’était l’un des invités de Barack Obama en février, pour un sommet sur la prévention du terrorisme, Hans Bonte, le Maire de Vilvorde, dont la politique de déradicalisation a fait ses preuves. Vilvorde se vidait quand ce socialiste flamand a été élu en 2013.

Vilvorde a vu partir quelques jeunes au début de l’été 2012. Ce sont ces jeunes qui étaient très engagés pour recruter et en l’espace de quelques mois, nous avons enregistré 28 départs de jeunes. Mais nous avons le problème sous contrôle puisque depuis un an, il n’y a personne qui est partie combattre là-bas.__

Depuis un an, le climat est donc un peu moins étouffant dans cette ville d’immigration de 42.000 habitants qui ne s’est jamais remise de la fermeture de l’usine Renaud en 1997. " Tout le monde se connaissait, quand les premiers sont partis, il y a eu un sentiment de vide, surtout pour nous les jeunes parce que le soir, si on voulait faire quelque chose à Bruxelles, diner par exemple, on avait plus les options d’appeler telle ou telle personne", se souvient Moad El Bouddati, 25 ans.

Né à Vilvorde, il a vu ses amis partir. Lui n’y a jamais pensé et l’année dernière, c’est la mairie de Vilvorde qui l’a recruté comme Médiateur. " Il y a des problèmes structurels qui ont fait que ces jeunes ont commencé à penser qu’ils n’avaient plus de place dans la société belge. Il y a la discrimination, il y a les relations entre les jeunes et la police… et c’est ce travail là qu’on essaye de faire maintenant, que les jeunes soient encadrés de tous les côtés", insiste-t-il.

Responsable "déradicalisation"

Il y a deux ans, le maire de Vilvorde a inventé un poste de "responsable déradicalisation", occupé par une jeune chercheuse en Civilisation islamique, Jessica Soors. Elle a mis sur pieds une vraie "cellule municipale" qui rassemble professeurs, parents, policiers, psychologues, assistants sociaux, médiateurs, habitants bénévoles, représentant de pôle emploi ou de la mosquée… " On essaye de rassembler tous les partenaires, d’identifier qui va faire quel démarche pour approcher la personne. Parfois on fait croire qu’on ne se connaît pas, juste pour atteindre une personne", explique-t-elle, avant de souligner la difficulté initial de créer ce réseau.

Il a en effet fallu mobiliser vraiment les institutions (service municipaux, écoles) et mobiliser une génération de la communauté musulmane plus habituée à la discrétion. "C’est vrai qu’aujourd’hui, on fait plus attention", concède Mimoun Haquichouch, qui préside l’association qui gère la mosquée de Vilvorde. "Aborder un jeune radical, c’est vraiment pas facile. Pour regagner la confiance, on a fait un groupe de jeunes non radicaux, qu’on a poussé à aller voir ceux qui étaient radicaliséz ou qui ne nous faisaient pas confiance et alors là, une fois que le dialogue était lancé, on pose les vraies questions, les vrais problèmes et ces départs se sont arrêtés et c’est tant mieux", témoigne ce berbère marocain d’une cinquantaine d’année qui est arrivé à Vilvorde depuis sa jeunesse.

Surtout pas de tabou

Le Maire de Vilvorde, lui, est plus prudent. "Tout n’est pas réglé parce qu’il n’y a pas eu de nouveau départ en Syrie depuis un an ", tempère Hans Bonte, sans douter pour autant de l’efficacité de sa méthode :

Le radicalisme sera combattu au niveau local ou ne sera pas combattu. Il faut engager le débat sur la place de ces jeunes qui ont un futur dans nos sociétés. Le pire serait de créer un tabou.

Sur les 28 jeunes partis de Vilvorde, huit sont rentrés. Cinq sont en prison, trois en libertés, certains avec un bracelet électronique. L’un de ces "returnee", comme on les appelle en Belgique, est proche de la mairie de Vilvorde, prêt même à partager son expérience pour dissuader des candidats. "Une deuxième chance", défendue par Mustapha, qui est spécialisé dans la réinsertion professionnelle. "Il veut vivre normalement, il ne pensait pas que ça finirait comme ça. Je pense qu’il est nécessaire de leur donner une deuxième chance. Il faut les écouter : pourquoi ils sont partis, pourquoi ils sont revenus, pourquoi d’autres préparent leur départ ?", s’interroge-t-il.

Pour l’instant, la Mairie de Vilvorde dit avoir encore besoin de temps et d’autorisation pour intégrer ce premier returnee de Syrie dans ses équipes de prévention de la radicalisation. En revanche, des parents qui ont perdu des enfants en Syrie interviennent déjà. "C’est l’une des seules villes qui travaillent avec des personnes qui sont directement concernées… qui connaissent l’endoctrinement, les contacts là-bas, les informations là-bas, les recruteurs", insiste Saliha Benali, dont le fils de 16 ans est parti à l’été 2013 et a été tué l’année dernière. " En France, ce que je vois, c’est uniquement dans le répressif et le sécuritaire, mais il faut pas que chacun travaille dans son coin parce que le but, c’est la protection de nos enfants et de la société" , conclut-elle.

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