Elles étaient coiffeuses, électriciennes, femmes de ménage et elles ont décidé de quitter un secteur malmené par la crise pour se tourner vers les métiers de la santé. En un an, le secteur du soin, qui a un besoin de main d’œuvre criant, a vu arriver de nouveaux profils.

Des salariées de Derichebourg multiservices en formation.
Des salariées de Derichebourg multiservices en formation. © Radio France / Hélène Fily

Il y a un peu plus d’un an, Fanny était encore coiffeuse. Mais aujourd’hui c’est à l’Ehpad de la Côte d’Amour à Pornichet qu’elle travaille : "J’ai quitté mon emploi fin mars, j’avais besoin de me sentir utile, d’autant plus en période de pandémie." De mars 2020 au mois d’août, au chômage, elle propose ses services un peu partout, à l’hôpital, dans les maisons de retraite, pour faire à peu près tout, même le nettoyage : "Toutes les portes se sont fermées, en période de crise personne ne prenait quelqu’un de l’extérieur". Grosse désillusion. Il lui faut une formation. 

C’est là qu’intervient Pôle emploi, à la rentrée 2020. L’agence de Trignac, près de Saint-Nazaire, l’accompagne et l’oriente. Pour répondre à la deuxième vague, Pôle emploi Pays de la Loire avait pris la décision de mobiliser deux conseillers en mission, en collaboration avec l’ARS, notamment pour assurer une réponse aux sollicitations des établissements sanitaires et médico-sociaux en difficulté. Sa formation tout juste finie, Fanny trouve un contrat. Après quelques semaines d’adaptation, elle demande à travailler dans l’unité de soin protégée, qui accueille les malades d’Alzheimer : "Ce n’est pas facile tous les jours mais je n’ai aucun regret. Mon objectif, c’est maintenant de devenir une aide-soignante, titrée, et donc d’avoir le concours". Un concours qu’elle prépare activement.  

Une formation express pour les salariés de l’hôtellerie-restauration  

Au 4e trimestre 2020, Pôle emploi recensait plus de 140 000 offres dans le secteur de la santé, en hausse de 58% sur un an. Et les profils sont de plus en plus variés. Les saisonniers, les salariés de l’hôtellerie-restauration tentent aussi leurs chances.  En Auvergne-Rhône Alpes, Pôle emploi a mis en place un module de formation express pour leur donner accès à des postes d’agents hospitaliers. En attendant de trouver dans leur secteur pour certains. Mais pour d’autres c’est une occasion de changer de vie, de concrétiser un projet laissé jusqu’ici dans un coin de tête. 

C’est un peu le cas de Laetitia, électricienne sur les chantiers navals à Saint-Nazaire. Le coup d’arrêt brutal de l’activité en mars dernier l’a poussé à repenser à ses premières aspirations. Sophie Pautigny, psychologue du travail, l’a accompagné à l’agence Pôle emploi de Trignac : "On a commencé par remettre du sens dans son parcours, travailler sur ses motivations et ses centres d’intérêt puis on a commencé à élaborer des pistes et déterminer ce qui pouvait l’attirer. On est arrivé au secteur santé, social, de manière assez naturelle. On est ensuite passé aux démarches de terrain, on cible des métiers, on regarde si elle a des compétences transférables et on va se confronter à la réalité du terrain".
La psychologue observe un double mouvement en ce moment : "À la fois, la crise a rendu lisible certains métiers, dont les métiers de la santé. Et en même temps, on a des moyens mis en œuvre par l’Etat pour que les personnes qui sont intéressées par ce secteur, avec des profils parfois extrêmement différents, sortant de l’aéronautique ou de métiers logistiques, puissent bénéficier d’opportunités". 

Mettre en relation des entreprises qui ont des difficultés avec le secteur du soin 

Le dispositif Transitions collectives a aussi été imaginé pour cela : mettre en relation des entreprises qui ont des difficultés avec des secteurs qui recrutent. L’entreprise Derichebourg Multiservices s’en est saisie pour son activité propreté. Bien qu’en croissance, elle se réorganise pour s’adapter aux nouvelles demandes des entreprises, moins gourmandes en ménage puisque les salariés sont encore beaucoup en télétravail. "_Une mission qui durait cinq heures, pourra être réduite à deux. Evidemment cela a un impact sur nos salariés alors on anticipe"_, confirme la DRH Malika Bouchehioua. Les salariés volontaires suivront ainsi une formation rémunérée de 14 mois. Ils seront recrutés en CDI au sein du groupe Korian. Et s’ils changent d’avis, ils pourront toujours revenir travailler dans leur entreprise d’origine. Le dispositif a été élaboré avec les partenaires sociaux, financé en partie par l’État, qui a mobilisé 500 millions d’euros sur deux ans.

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