Dans les favellas de Rio
Dans les favellas de Rio © Olivier Poujade/Radio France

A 100 jours d’organiser la Coupe du Monde de football, l’un des plus grands défis pour le Brésil, et sa ville la plus touristique Rio de Janeiro, sera d’assurer la sécurité des touristes pendant la compétition.

Les autorités évoquent aujourd’hui une baisse de 65% des homicides dans les favelas pacifiées. Mais le problème semble-t-il n’a fait que se déplacer. La violence a migré vers d’autres zones de la ville et notamment vers le complexe da Maré où Olivier Poujade s'est rendu.

Maré regroupe 17 favelas. 140.000 habitants vivent ici, impossible de ne pas apercevoir ce vaste labyrinthe bordés par les eaux polluées de la baie de Rio puisqu’il se situe entre l’aéroport et le centre-ville. Les hommes armés qu'on voit à chaque coin de rue sont bien ceux du trafic de drogue.

Ce quotidien, Paulinho le vit depuis 30 ans, mais ces derniers temps la situation à changé, de nouvelles têtes sont apparue.

Ils se regroupent ici parce qu’ils ont été expulsés des autres favelas. Ils ne connaissent pas les gens du quartier, du coup on se sent moins libres. Tu ne peux pas vivre avec des types qui pointent leur fusil vers toi à chaque coin de rue parce qu’ils ne te connaissent pas, ou d’un coup être obligé de courir parce qu’ils se tirent dessus. C’est oppressant, mais personne n'a le courage d’aller leur parler. Si on parle on va souffrir.

Depuis quelques mois, la petite criminalité fait un retour en force dans les parties les plus riches de la ville

L’arrivée de nouveaux trafiquants a renforcé la violence dans cette zone qui devait être la 38e favela à être pacifiée sur les 1000 que compte la ville de Rio. Manque de moyens humains, manque de temps et peut être aussi de volonté, ce ne sera pas le cas pendant la coupe du monde.

Le complexe da Maré sera simplement mis sous cloche explique Eliana, présidente d’une des principales ONG du quartier.

C’est comme si vous cachiez toute la poussière sous le tapis pour que personne ne puisse voir. Ils parlent de mettre des soldats de l’armée tout autour, ils vont contrôler les allées et venues et tout ce qui se passe à l’intérieur n’aura aucune importance.

A l’intérieur, trois factions gardent le contrôle de la zone. Elles se partagent le trafic dans un climat très tendu et dans les postes de police on détourne le regard. Une routine que connaît parfaitement le député Marcelo Freixo figure brésilienne de la lutte contre la corruption

Marcelo Freixo

Dans tous les endroits où vous trouvez de la drogue à Rio vous trouvez aussi des policiers corrompus pour laisser faire le trafic, donc à mon avis les chefs du trafic ne menaceront personne pendant la Coupe du Monde. Leur but c’est de faire de l’argent et ils vont en gagner beaucoup pendant la Coupe.

Mur à Rio
Mur à Rio © Radio France/Olivier Poujade

Une théorie que confirme Maïra. Elle travaille dans cette favela et vit dans le centre de la ville. Elle décrit deux types de violences : c’est l’effet indésirable de la politique de pacification de certaines zones défavorisées.

Maïra

Dans la favela da Maré, il peut y avoir une fusillade, mais je sais que je me ferai jamais attaquer dans la rue. Si je sors de Maré et là c’est un tout autre type de violence qui m’attend. Beaucoup de jeunes trafiquants du bas de l’échelle vont en ville pour gagner leur journée. Il y a un climat de tension qui est palpable et je pense que c’est lié à la Coupe du monde.

Depuis quelques mois, la petite criminalité fait un retour en force près des plages et des hotels, dans les parties les plus riches de la ville. Le nombre d’agressions de vols à l’arrachée repart à la hausse. Une augmentation qui a même atteint 250% dans certains quartiers au mois de janvier. Une violence contre laquelle certains habitants s’organisent.

Des groupes de justiciers des rues sont en train de réapparaître

Ils ont décidé de chasser eux-mêmes ces petits criminels et l’on assiste à des scènes qui font froid dans le dos. De jeunes délinquants dénudés, attachés par le cou à des réverbères de rue. Une scène vécue par Yvonne de Mello, directrice d’une école pour enfants défavorisés

Yvonne de Mello

Quand j’ai vu cet enfant noir, je me suis dit qu'on revient au temps des colonies. Bon, il n’y a pas de gouvernement au Brésil, ça veut dire que les gens n’obéissent pas aux lois. Il n'y a pas de sécurité dans les villes, les gens se sentent menacés parce qu’ils sortent dans la rue et ils se font voler par des gangs d'enfants des rues. En ce moment on est comme dans un bouillon.

Eloi Ferreira ancien ministre de l’égalité raciale du gouvernement Lula
Eloi Ferreira ancien ministre de l’égalité raciale du gouvernement Lula © Radio France/Olivier Poujade

Un récent sondage montre que 20% (tout de même) des habitants de Rio approuvent l’attitude de ces milices un phénomène qui avait disparu depuis les années 80 et qui resurgit en ce moment explique Eloi Ferreira ancien ministre de l’égalité raciale du gouvernement Lula

Eloi Ferreira

Ces jeunes sont éduqués, élevés dans des quartiers où ils n’ont jamais manqué de rien, mais c’est l’Etat qui est responsable. C’est bien l’état brésilien qui a fermé les yeux sur l’esclavagisme pendant 350 ans. C’est donc lui qui doit trouver une solution car le comportement de ces jeunes est un comportement raciste. Rio est une ville fragmentée et la mécanique de violence, d’insécurité, est fondée sur l’inégalité entre noirs et non-noirs au Brésil.

Face à ces multiples formes de violence les autorités publiques semblent déboussolées à quelques semaines de la Coupe du Monde. Ls mesures s’enchainent les unes après les autres, la dernière en date prévoit de déployer 170 000 hommes dans les 12 villes qui accueilleront l’évènement pour tenter de masquer les maux de la société brésilienne.

►►► POUR EN SAVOIR PLUS | Mondial J-100 : favelas chic ou la gentrification version brésilienne

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