Reportage sur les plages du Kent, au Royaume-Uni, où les réfugiés arrivent désormais en canots pneumatiques. Avec le renforcement des contrôles à Calais et la peur d’une fermeture totale des frontières à cause du Brexit, ils sont de plus en plus nombreux à tenter leur chance, surtout des Iraniens fuyant le régime.

Davod, Iranien chrétien et ancien agent immobilier qui a fui les persécutions. Il fait partie des 9 iraniens qui se sont cousus la bouche a Calais en mars 2016 et il a traversé clandestinement la Manche en canot pneumatique
Davod, Iranien chrétien et ancien agent immobilier qui a fui les persécutions. Il fait partie des 9 iraniens qui se sont cousus la bouche a Calais en mars 2016 et il a traversé clandestinement la Manche en canot pneumatique © Radio France / Antoine Giniaux

"La situation à Calais était insupportable", raconte l'un d'eux. "On était en train de mourir. Alors on s’est dit : 'il faut que ça se termine, qu’on en finisse. On va traverser, même si on risque notre vie.' J’ai payé 500 euros, et mon ami aussi, 500 euros.. Moi, j’ai peur de l’eau, depuis que je suis enfant, mais je n’avais pas le choix. J’étais complètement désespéré."

Au milieu de la traversée, l’eau a commencé à rentrer dans le bateau, on s’est retrouvé au milieu des cargos, on a fait du feu pour qu’ils nous remarquent, mais personne ne nous a vus.

Ce scénario, les policiers du Kent le connaissent par cœur : avec 250 réfugiés arrivés près des côtes au mois de décembre, 90 en janvier, et une cinquantaine en février. Leur principal but, c’est d’arriver à entrer dans les eaux territoriales britanniques, pour demander l’asile. "Au moment où on se parle, la police aux frontières est en train de gérer l’arrivée sur les côtes d’environ 11 migrants", explique le chef de la police, Alan Pughsley. "Il va falloir les compter lorsqu’ils monteront a bord de notre bateau. Il y a une vraie différence, par rapport à ce qu’on voyait avant : maintenant les migrants veulent se faire repérer. Ce sont souvent eux qui nous appellent depuis leur propre bateau, il font le 999, et ils demandent de l’aide."

L’autre différence, c’est la direction dans laquelle partent les canots pneumatiques : pour éviter d’être repérés trop tôt, les réfugiés s’éloignent de plus en plus du port de Calais. Et ils arrivent dans le sud de l’Angleterre, vers Brighton et Hastings. Mark Tuczanski dirige l’association "Links Project", qui aide une journée par semaine les migrants dans les démarches administratives.

Les réfugiés ont l’impression que c’est plus facile d’aller a Newhaven, qui  est un port beaucoup plus petit... Mais comme  le courant est très fort,  il peut vous emmener très vite à des centaines de kilomètres. Je crois que le Royaume-Uni et la France ont sous-estimé la détermination des gens qui veulent venir ici.

Une coopération renforcée... en attendant le Brexit

Pourtant, pour éviter les drames, les policiers français et britanniques travaillent de plus en plus ensemble pour démanteler les réseaux de passeurs, assure Steve Rodhouse, directeur général de la National Crime Agency : "Les enquêtes sur les communications et les flux financiers nous font penser que l'immense majorité des réseaux d’immigration clandestins est gérée depuis la France. Ce sont surtout des réseaux criminels afghans, kurdes et irakiens, présents dans le nord de la France et qui sont capables de répondre aux besoins du marché, en transportant ceux qui veulent traverser. Ça signifie qu’il est absolument essentiel qu’on transmette tous les renseignements qu’on récolte à nos homologues français."

En pratique, le Royaume Uni a, aujourd’hui, quatre officiers de liaison basés à Paris, d’autres qui travaillent au centre de coordination de Coquelles dans le Pas-de-Calais, et une unité de liaison européenne, dans le Kent. Deux navires épaulent aussi les policiers français pour surveiller les côtes, avec des réunions trois fois par semaine. Impossible pour l’instant de savoir si cette coopération va se poursuivre après le Brexit.

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