Ce mercredi marque la journée mondiale contre l’obésité : une maladie qui concerne un quart des Martiniquais, une proportion deux fois plus importante qu’en métropole. Les professionnels de santé en Outre-Mer et un rapport parlementaire dénoncent le fléau du surpoids et de l’obésité.

Avec deux fois plus d'obèses qu'en métropole, la Martinique dispose d'un centre de réadaptation pour personnes en surpoids. Situé à la Trinité au Nord de l'île.
Avec deux fois plus d'obèses qu'en métropole, la Martinique dispose d'un centre de réadaptation pour personnes en surpoids. Situé à la Trinité au Nord de l'île. © Radio France / Jérôme Val

Le rapport parlementaire publié en décembre 2019 dénonce cette situation due en grande partie au manque d’activité physique et à une alimentation trop riche et il préconise le sport comme arme pour une meilleure santé. 

8 heures du matin à la Trinité, au nord de la Martinique. La chaleur est encore supportable à cette heure de la journée. Sur la pelouse d’un centre de réadaptation, qui accueille des patients en surpoids, la séance démarre par un échauffement. Au programme ce matin-là : de la marche et de la gymnastique pour une quinzaine de personnes, une majorité de femmes. Tous suivent un traitement de deux semaines.

"L’année dernière, j’étais hospitalisée au poids de 118 kilos explique Mireille Hilaire, une habitante de Fort de France. Avec ce traitement, j’ai perdu 20 kilos pour éviter une chirurgie gastrique. Ça a été un déclic, je me suis dit : "je ne suis pas née avec un estomac en moins". Donc je me suis donnée les moyens et je vais réussir". 

"Le fait de voir que je rentre maintenant dans du 44 ou du 46 au lieu du 54, c’est une victoire et une victoire avec moi-même."

Les patients ont marché 4 kilomètres, sur des chemins escarpés autour du centre de la Valériane, le seul de la Martinique spécialisé dans la prise en charge de l’obésité. Gaétane Pastel y est enseignante en activité physique adaptée depuis 16 ans. : "Le but de ces activités, c’est que ces patients prennent plaisir à la marche et qu’ils aient envie de recommencer et de continuer à marcher, une fois rentrés chez eux. C’est l’activité la plus simple à mettre en place et la marche n’était pas forcément considérée comme une activité sportive à part entière, c’était plus un moyen de locomotion." 

"Maintenant que presque tout le monde est motorisé, les gens ne marchent plus. Il faut réussir à remettre la marche dans les activités sportives."

La Martinique dispose d'un centre de réadaptation pour personnes en surpoids. Situé à la Trinité au Nord de l'île, il leur propose des activités physiques comme la marche ou la gymnastique.
La Martinique dispose d'un centre de réadaptation pour personnes en surpoids. Situé à la Trinité au Nord de l'île, il leur propose des activités physiques comme la marche ou la gymnastique. © Radio France / Jérôme Val

À leur sortie du centre, certains patients sont suivis pendant une année par des médecins et des diététiciens pour éviter une rechute. Joseph Bonheur, un habitant de Rivière-Salée dans le Sud de l’île, doit perdre près de 25 kilos pour retrouver son poids de forme et il sait qu’il doit s’astreindre à une vraie discipline quotidienne. "J’ai déjà fait l’acquisition de deux bâtons de marche nordique et j’ai déjà visualisé dans mon environnement immédiat les circuits que je vais emprunter. Le but, c’est de pouvoir faire 30 à 45 minutes de marche tous les jours, je vais essayer de m’accrocher à ça." 

"À un moment, il faut décider de comment on va vivre. J’ai envie d’accompagner mes petits-enfants et il me faut avoir ce minimum de forces." 

Selon une étude de 2016, près de 28% des Martiniquais de plus de 16 ans sont en situation d’obésité, deux fois plus qu’au niveau national. Cela a pour pour conséquence notamment une baisse de l’espérance de vie dans cette île de la Caraïbe et la situation ne s’améliore pas. 

"L’obésité en Martinique n’est pas en évolution majeure mais elle est stable très haute, note Frédéric Depiesse, médecin du sport au CHU de Martinique. Ça touche à la fois les adultes d’aujourd’hui qui vont être les personnes âgées de demain, mais ça touche surtout les enfants d’aujourd’hui qui vont être les adultes de demain. Plus les comorbidités s’installent tôt, en particulier le diabète, plus ça va poser des soucis dans le futur. On a vraiment une urgence." 

La solution préconisée, c’est le développement du sport, partout et pour tout le monde

L’Institut martiniquais du Sport au Lamentin a développé une expérimentation originale : inclure des activités sportives dans cinq formations pour les chômeurs, comme carreleur ou technicien en énergies renouvelables. Ce que nous explique Grégory Euphrosine, le directeur général de l’Institut martiniquais du sport : "L’activité physique est obligatoire à l’école primaire, au collège et au lycée mais elle est facultative à l’université et quasiment inexistante en formation professionnelle. Fort de ce constat, compte-tenu de ce fléau en Martinique concernant l’obésité, hypertension et autres, pourquoi pas mettre du sport dans les formations professionnelles, de l’activité elle-même ou de la sensibilisation ?" 

Sensibiliser oui, mais ce n'est pas suffisant, selon un rapport parlementaire sur le sujet publié fin 2019 : il préconise plus de stades ou de gymnases sur l'île et la création d'une licence sportive sociale moins chère pour l'accès au sport des plus démunis.   

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