À l’occasion des 30 ans de la Chute du Mur de Berlin, une question se pose : comment cette histoire est-elle transmise à une génération qui n’a rien connu de cette époque ? Comment les enseignants expliquent-ils à leurs élèves ce qu'était le régime communiste de la RDA ?

Mur peint à Leipzig (Saxe, Allemagne) en souvenir de la "révolution pacifique" de 1989
Mur peint à Leipzig (Saxe, Allemagne) en souvenir de la "révolution pacifique" de 1989 © Radio France / Ludovic Piedtenu

Il était une fois un pays nommé République démocratique allemande, RDA, DDR en allemand, que les plus jeunes découvrent aujourd’hui dans leurs livres d’histoire de façon presque aussi centrale que la période du régime nazi. Ce que les historiens ont qualifié de "seconde dictature allemande" s’exerçait, par exemple, dans ces rues de Leipzig, en Saxe, où nous nous sommes rendus. 

Trente ans plus tard, ce matin-là, il y a plus de touristes que de militaires. Des rires trahissent la présence et l’insouciance d’un groupe d’élèves de 13ème, l’équivalent de la terminale française. Elles et ils sont nés 12 ans après la Chute du Mur. Ces jeunes de la banlieue de Berlin ont fait 200 kilomètres avec leur professeur. 

"Comme c’est une époque qu’on n’a pas encore étudiée en cours d’histoire, on est là pour découvrir ce qu'il s’est passé à Leipzig : les manifestations, l’histoire en général. On a réalisé par exemple que tout ça s’est fait sans violence, que les manifestations sont restées pacifiques... On en parle entre nous et avec notre professeur. Moi par exemple, je ne manifeste jamais. Maintenant je me dis, pourquoi pas ? Les manifestations du lundi, oui on en avait déjà un peu entendu parler et maintenant ici on continue le programme", raconte Brandy, 18 ans. 

L'Eglise Saint-Nicolas de Leipzig et la colonne de la victoire en hommage aux manifestants de 1989
L'Eglise Saint-Nicolas de Leipzig et la colonne de la victoire en hommage aux manifestants de 1989 © Radio France / Ludovic Piedtenu

Devant l'Eglise Saint-Nicolas de Leipzig, Sabine, guide touristique, arpente les rues de sa ville natale avec ce groupe de lycéens. Parfois, elle rythme son récit historique en posant une question aux élèves, souvent, silencieux. 

RDA : démocratie ou dictature ?

La RDA était-elle une démocratie ou une dictature ? Des chercheurs de l'Université Libre (FU) de Berlin ont mené l'enquête auprès de 2 000 élèves de la capitale allemande. Seulement un peu plus de la moitié considère la RDA comme une dictature. Près de la moitié estiment aussi que le Parti socialiste unifié d'Allemagne, le SED, a joué un rôle positif.

Quand on interroge ces élèves croisés dans les rues de Leipzig à l'occasion de leur voyage scolaire, tout le monde ne sait pas que Berlin était une ville divisée. Certains élèves demandent aussi si la RDA a quelque chose à voir avec Hitler. 

L'histoire de la RDA et avec elle du Mur de Berlin est au programme d'histoire, selon les différentes régions d'Allemagne, à partir des classes de 9ème ou de 10ème, l'équivalent de la 3ème et de la seconde. L'histoire du régime nazi occupe une place centrale dans les programmes d'histoire mais l'histoire de la RDA a très vite pris une place quasiment aussi centrale. 

"Il fallait montrer que la RDA était une dictature et qu'elle reposait sur des mécanismes de répression. Il fallait montrer qu'elle était aussi grave, même si moins criminelle et toute aussi importante que la dictature nazie", explique Emmanuel Droit, professeur d'histoire contemporaine à Sciences-Po Strasbourg.

Emmanuel Droit, professeur d'histoire contemporaine à Sciences-Po Strasbourg, auparavant chercheur au Centre Marc-Bloch à Berlin
Emmanuel Droit, professeur d'histoire contemporaine à Sciences-Po Strasbourg, auparavant chercheur au Centre Marc-Bloch à Berlin / Emmanuel Droit

L'expérience de l'histoire

En fin d'études, en classe de 12ème ou de 13ème, les lycéens allemands, autour de l'âge de 18 ans, approfondissent le sujet. C'est souvent l'occasion d'une sortie scolaire ou de jeux de rôles. L'élève est au cœur de la pédagogie, l'apprentissage se fait à partir des interrogations de l'élève.

"On va essayer de faire émerger un savoir, pas forcément un savoir historique, livresque, un peu érudit comme on le fait en France. En Allemagne, il y a toujours derrière une dimension citoyenne très forte. On attire l'attention des élèves sur leur capacité, plus tard, à éventuellement entrer en résistance par rapport à des formes d'oppression politique, à prendre conscience de la nécessité de se battre pour la liberté ou la défense de la démocratie", ajoute Emmanuel Droit.

L'histoire est au service d'une forme d'éducation politique et civique. Pour accompagner les professeurs dans ce travail, l'Allemagne a créé en 1998 une fondation qui se consacre à un travail de sensibilisation, de recherche historique et de transmission pédagogique sur l'histoire de la RDA et du SED (Bundesstiftung zur Aufarbeitung der SED-Diktatur, site en allemand), le Parti socialiste unifiée au pouvoir entre 1949 en 1990 en Allemagne de l'Est.

Cette fondation joue un rôle moteur dans la distribution de brochures, dans la structuration d’un paysage à la fois historique et mémoriel où l’accent est mis sur la dimension répressive. Les enseignants ont aussi depuis maintenant 10 ans accès à un portail en ligne (Zeitzeugenbüro, site en allemand) qui recense plus de 360 témoins encore vivants de la dictature de la RDA. Un professeur peut ainsi, via ce site qui donne quelques éléments biographiques, trouver un témoin proche de leur établissement scolaire, le faire venir en classe et ouvrir la discussion avec les élèves.

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