Au Brésil, le candidat d’extrême droite fait la course en tête à 3 jours du premier tour avec 32% d’intentions de vote, Jair Bolsonaro, sorti de l’hôpital la semaine dernière après avoir été poignardé. Il milite en faveur d’une légalisation du port d’armes et certains s’y préparent.

Jair Bolsonaro milite en faveur d’une légalisation du port d’armes et  certains s’y préparent.
Jair Bolsonaro milite en faveur d’une légalisation du port d’armes et certains s’y préparent. © AFP / Miguel SCHINCARIOL

Armando espère bientôt pouvoir porter son revolver à la ceinture dans la rue. Il y a 10 ans son père a été abattu devant ses yeux en allant au marché. Il a senti ce jour-là qu’il devait se défendre lui-même et ne compter sur personne : « Au Brésil il y a une guerre civile qui couve si les autorités de font rien cette guerre va éclater au grand jour ! » En attendant que son candidat Jaïr Bolsonaro tienne sa promesse de libéraliser le port d’arme, il s’entraîne assez fier de simuler pour nous une technique de défense en cas d’agression. 

Dans ce stand de tir sportif de la banlieue de Rio, tous se disent prêts à sortir armés. Tous sauf Armando qui reconnait avoir un problème  : « Physiquement je ne suis pas prêt, j’y vois pas très bien donc je peux utiliser que des armes à canon court. J’arrive pas à me servir d’armes longues comme les fusils (des armes plus puissantes) donc je me contente du pistolet. Ça n’exige pas d’avoir une très bonne vue ».

Les citoyens étaient autorisés à circuler armés

A ses côtés, Anderson est assez nostalgique de l’époque où les citoyens étaient autorisés à circuler armés. Lui aussi attend avec impatience l’annulation du statut de désarmement instauré en 2003 . « Les bandits n’ont pas été désarmés. Ceux à qui on les a confisquées, ce sont les bons citoyens, ceux qui protègent leur famille. Les bandits qui ne respectent pas la loi ont des armes à volonté » 

Anderson n’a pas tort. Les armes circulent partout dans les favelas. La tentative d’implanter en 2008 dans ces communautés des unités de police de pacification n’a donné aucun résultat d’après l’ancien secrétaire nationale de la sécurité publique Luiz Eduardo Soares : « Les UPP ont échoué. Le gouvernement, la police le reconnaissent : 

c’est une politique qui nécessite beaucoup d’hommes et le gouvernement n’a pas les moyens donc ce n’était pas une solution viable. "

Cette mauvaise option a aussi favorisé la corruption souligne Rildo le président du club de tir : « Les policiers aujourd’hui gagnent des salaires minables. Il risque sa vie pour défendre la société et si vous les mettez dans les favelas où le pourboire des trafiquants pour ne pas dénoncer un crime est 10, 20, 30 fois supérieur à  ce qu’il gagne donc avant d’augmenter les effectifs, il faut d’abord leur verser un salaire digne ».

Une querelle de voisins se termine en échange de tir

La voie est ouverte aujourd’hui pour le candidat d’extrême droite Bolsonaro : libéraliser le port d’arme est une des ses mesures phares. L’ancien capitaine des forces spéciales de la police de Rio Paulo Storani. n’est pas contre mais c’est assez risqué : « Si vous observez la polarisation de la société avec toute l’agressivité, le désir d’affrontement qu’il y a, si vous transposez ça à la vie quotidien et que vous armez les gens, ça vous mène où ? Une querelle de voisins se termine en échange de tir donc peut être que ça aura un impact, qu’un certains nombres de crimes diminueront mais d’autres formes de crimes vont apparaître. C’est pour ça qu’on ne peut pas faire n’importe quoi, se protéger dans sa maison  mais pas à l’extérieur . Il faut bien penser tout ça mais libérer les armes en se disant " on verra bien", ce sera une boucherie. Le Texas des Etats-Unis ».

De quoi consolider un leadership mondial dont le Brésil se passerait bien. 63880 homicides l’an dernier, un meurtre toutes les 10 minutes…

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