"Allons en France" vous emmène dans la Marne et dans l'Aisne où les personnes handicapées observent les progrès de l'accessibilité mais aussi les obstacles.

"Ce sont les petits détails qui changent notre vie"
"Ce sont les petits détails qui changent notre vie" © Radio France / Delphine Evenou

Pour mieux comprendre les inégalités en matière d'accessibilité, il faut sillonner les routes. Entre Reims, chef-lieu de la Marne, 180.000 habitants, et Soissons et Laon, environ 27.000 habitants dans le département voisin de l'Aisne, le quotidien des personnes handicapées est différent.

A Reims, Bruno nous accueille dans l'appartement où il a emménagé il y a trois ans, après de longues années à Laon. A 55 ans, en fauteuil roulant, il a préféré rejoindre une ville plus grande pour ses "vieux jours". Cet ancien routier, paraplégique depuis un accident lors d'une livraison en 1993, habite dans un agréable trois pièces spécialement conçu pour les personnes à mobilité réduite : les couloirs sont larges, les meubles à sa hauteur et la salle de bains aménagée pour son fauteuil.

Bruno, Picard d'origine, est en fauteuil roulant depuis 1993 à la suite d'un accident de la route
Bruno, Picard d'origine, est en fauteuil roulant depuis 1993 à la suite d'un accident de la route © Radio France / Delphine Evenou

Tous les jours, qu'il pleuve ou qu'il vente, Bruno parcourt 5 kilomètres dans Reims, "question d'hygiène physique". Il connaît donc bien les services accessibles et les points noirs : "Depuis un an, un effort phénoménal est fait sur le transport collectif à Reims". Bruno bénéficie de la gratuité des transports publics et une bonne partie des bus sont désormais accessibles. Pour aller en consultation chez son médecin à l'hôpital de Reims, le quinquagénaire met un point d'honneur à prendre le tram "parce que c'est pratique et parce qu'en évitant de prendre le VSL (ambulance), je fais économiser 150 euros à la Sécurité Sociale". En 2005, une loi handicap a été votée. Mais 12 ans après, elle tarde à être pleinement appliquée. "On est déçus, c'est un peu comme une trahison" soupire Bruno, qui pense voter pour Jean-Luc Mélenchon le 23 avril.

"Il faut changer toute la société. L'écologie permet de développer le transport public, et surtout il faut trouver du travail à la jeunesse : s'il n'y a plus de boulot, il y a moins de rentrée d'argent et donc moins d'investissement et d'aménagements. On va avoir plus de difficultés à sortir de chez nous." Selon un sondage Ifop pour l'Association des Paralysés de France réalisé en février 2017, l'électorat handicapé est bien plus à gauche que la moyenne nationale et le chef de file de la France Insoumise arrive en tête des intentions de vote (24%).

Une situation plus difficile à Soissons

Si Reims a investi en faveur de l'accessibilité, la situation est beaucoup plus difficile à Soissons, à une soixantaine de kilomètres, dans le département de l'Aisne (Hauts-de-France). Pierre-Marie, 39 ans, y habite depuis toujours. Dans sa rue, pas de place handicapée et un trottoir mal entretenu. Comme Bruno, cet ancien ébéniste a perdu l'usage de ses jambes suite à un accident de la route en 2000. Pierre-Marie nous emmène faire une balade en centre-ville pour nous montrer ces petits détails qui, en s'accumulant toute la journée, l'épuisent. Les dalles des trottoirs se détachent, les trottoirs ne sont pas toujours rabaissés pour qu'il puisse passer en fauteuil roulant; de nombreux commerces restent inaccessibles. Même la rampe d'accès de la Poste est trop raide et l'oblige à un effort physique intense lorsqu'il veut aller au guichet. La mairie de Soissons est un parcours du combattant : trottoirs trop hauts, pavés trop anciens et surtout ces trois marches infranchissables pour aller au service état-civil. Le monte charge qui doit servir aux personnes à mobilité réduite est en panne "depuis 17 ans"; c'est un agent de la mairie qui vient prendre, dehors, ses empreintes et lui faire signer les papiers.

Des marches pour accéder à un magasin ... qui vend des objets pour personnes en perte d'autonomie.
Des marches pour accéder à un magasin ... qui vend des objets pour personnes en perte d'autonomie. © Radio France / Delphine Evenou

Pierre-Marie a occupé deux emplois depuis qu'il est en fauteuil roulant. Il avait réussi à trouver dans sa branche, un poste de monteur de meubles, mais son corps n'a pas tenu. Il a ensuite occupé un poste de téléconseiller mais l'entreprise a fermé. Le quadragénaire est sans emploi depuis 4 ans, malgré de nombreux CV envoyés. Très peu d'entreprises sont accessibles et les contraintes physiques que lui imposent son handicap sont difficilement comprises par les employeurs potentiels. "Aujourd'hui, je désespère. Je dépends des revenus de ma femme et vu le peu de trimestres où j'ai pu travailler, je ne vais pas toucher de retraite". Chez les personnes handicapées, le taux de chômage est quasiment le double (18%) de la moyenne nationale.

Pierre-Marie doit slalomer quotidiennement entre les obstacles sur les trottoirs de Soissons
Pierre-Marie doit slalomer quotidiennement entre les obstacles sur les trottoirs de Soissons © Radio France / Delphine Evenou

Frédéric, 56 ans, est lui préservé du chômage. Il a trouvé un emploi de fonctionnaire en tant qu'agent d'accueil, dans une administration à Laon, quand il avait 19 ans. Frédéric est malvoyant depuis qu'il a 10 ans. Il fait partie de nombreuses associations et commissions pour l'accessibilité. Selon lui, ce sont les citoyens, par leur civisme, qui permettent de changer les choses. Frédéric ne croit pas beaucoup à la politique au niveau national pour changer son quotidien. Il n'a même pas vraiment regardé les propositions des candidats en faveur des personnes handicapées cette année : "De toute façon, ils ne tiennent jamais leurs promesses".

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