Cette semaine, la Ligue des droits de l'Homme organise une opération de "votation citoyenne" : tous les citoyens, français ou non, peuvent donner leur avis sur le droit de vote des étrangers. Des urnes seront mises à disposition dans 400 bureaux de vote à travers toute la France. Après les prises de position de Nicolas Sarkozy en faveur du droit de vote des étrangers, le débat refait surface avant les échéances de 2007. Et ce sera le thème du référendum que la ville de Saint-Denis organisera le dimanche 26 mars 2006. Comme une réponse aux violences dans les banlieues. La question sera la suivante : "Etes-vous, oui ou non, pour la reconnaissance du droit de vote et d'éligibilité des résidents étrangers aux élections locales ?" Tous les habitants de Saint-Denis pourront voter, y compris ceux qui n'ont pas la nationalité française, soit environ 1 habitant sur 4. Un procédé déjà utilisé par deux villes voisines : Stains et l'Ile-Saint-Denis ont déjà fait participer les étrangers à des rédérendums locaux sur des questions d'urbanisme. Deux scrutins annulés par le tribunal administratif, puisque le vote des étrangers n'est pas légal. Le référendum de Saint-Denis sera lui aussi déclaré illégal. Mais pour le maire de la ville, à l'initiative du projet, c'est avant tout symbolique. Après les violences dans les banlieues, le communiste Didier Paillard explique que c'est une réponse aux jeunes (interview). Beaucoup d'immigrés accueillent positivement cette consultation, comme Majid et Zehra, l'un est marocain, l'autre est kurde. Pour eux, les étrangers doivent pouvoir voter pour se sentir pleinement intégrés (interview). Ceux qui s'opposent au vote des étrangers avancent souvent cet argument : le vote doit rester lié à la nationalité. C'est ce que pense Béatrice, dyonisienne depuis plus de 40 ans (interview). Les avis sont partagés. Parmi les 8 élus d'opposition de Saint-Denis, sur 53 conseillers municipaux, ceux de l'UMP ne se prononcent pas vraiment sur le fond mais dénoncent le coût exhorbitant de l'opération, comme le dit la conseillère municipale UMP Evelyne Nicol (interview). De son côté, l'un des représentants du MNR Michel Léger pense que l'argument de la municipalité ne tient pas (interview). Il faut savoir que le MNR, mouvement de Bruno Mégret, est arrivé en deuxième position aux dernières élections. Ce débat sur le droit de vote des étrangers aux élections locales n'est pas neuf. Il ressurgit avant chaque grand rendez-vous électoral. C'est une promesse qui date de 1981, il y a 24 ans ! Une loi a même été votée en première lecture à l'Assemblée nationale en 2000. Mais la gauche n'est jamais allée plus loin. C'est devenu une urgence, selon Patrick Braouezec, ancien maire de Saint-Denis et président de la communauté d'agglomération "Plaine commune" (interview). Ce signe envoyé aux jeunes sera insuffisant, juge Fodhil Hamoudi, Algérien d'origine et président du Cercle de réflexion citoyen de Saint-Denis (interview). Démagogie ou réelle volonté de faire progresser le débat - la ville de Saint-Denis a en tous cas déjà fait des émules. Bobigny a en effet décidé d'organiser aussi au printemps une consultation sur le droit de vote des étrangers et d'autres municipalités y réfléchissent. Un dossier de Sonia Bourhane, du service politique de France Inter.

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