Le dossier est revenu au premier plan avec la polémique autour des déclarations de Jacques Chirac, la semaine dernière, sur la bombe iranienne. L’occasion de revenir sur les coulisses de cette nucléarisation, une histoire secrète dans laquelle la France occupe une place importante. C’est une femme, Dominique Lorentz, qui a révélé les dessous de cette histoire à travers ses livres publiés depuis 10 ans aux éditions Les arènes : « Une guerre », « Affaires atomiques », « Secret atomique » et son dernier ouvrage : « Des sujets interdits ». Elle démontre que le véritable enjeu des attentats qui ont ensanglanté Paris, dans les années 80, et le dossier des otages français du Liban, était un enjeu NUCLEAIRE, lié au règlement du contentieux Eurodif. « Eurodif » est un complexe européen d’enrichissement de l’uranium, implanté à Pierrelatte, dans la Drôme. En 1974, la France signe un vaste accord de coopération nucléaire avec l’Iran du Shah. Téhéran prête 1 milliard de dollars pour financer l’usine Eurodif et devient actionnaire du consortium - ce qui lui donne droit à 10% de la production en uranium enrichi. Après la révolution iranienne, en 79, la France veut couper les ponts mais les mollahs vont très vite réclamer leur dû : à savoir l’application de cet accord Eurodif. C’est donc un bras de fer qui s’engage. Avec des attentats et des assassinats très symboliques, comme celui de Georges Besse, le PDG de Renault assassiné par Action Directe, le 17 novembre 86. Mais Georges Besse, c’est d’abord l’homme du nucléaire, montre Dominique Lorentz, le président-fondateur d’Eurodif. Interrogé en 2002, lors d’un parloir téléphonique, le fondateur du groupe terroriste Action Directe, Jean-Marc Rouillan, condamné à la prison à perpétuité, récusait tout lien direct avec des groupuscules iraniens. Mais il reconnaissait que Besse était bien une cible nucléaire (son). Et le jour même où le « nucléocrate » Georges Besse est assassiné, la France verse 330 millions de dollars à l’Iran, comme premier remboursement du volet financier du contentieux Eurodif. L’usine Eurodif sera d’ailleurs rebaptisée « Usine Georges Besse ». Mais le volet financier du contentieux Eurodif ne suffit pas à l’Iran. Le point d’achoppement reste effectivement le volet NUCLEAIRE, le plus sensible. Après la victoire de Jacques Chirac aux législatives de 86, une cohabitation très dure s’installe au sommet de l’Etat. Le 6 mai 88, deux jours avant le deuxième tour de la présidentielle, Matignon rend public un accord signé par le premier ministre Jacques Chirac avec Téhéran. Où l’Iran retrouve son statut d’actionnaire d’Eurodif contre la libération des derniers otages, libérés effectivement 48H plus tôt. Jean-Bernard Raimond était alors ministre des affaires étrangères (son). Malgré ce « coup de poker » de Jacques Chirac, François Mitterrand est réélu à l’Elysée. Et c’est la gauche qui va appliquer l’accord négocié par la droite avec l’Iran ! Accord final conclu à Téhéran, le 29 décembre 91, suivi de très près par Roland Dumas au quai d’Orsay (son). En réalité, une collaboration nucléaire n’est jamais anodine. Comme le confirme Yves Girard, ancien vice-président de Framatome et de Technicatome, qui a négocié avec l’Iran (son). Et aujourd’hui ? « La France ne peut accepter un Iran doté de l’arme atomique » affirmait jeudi dernier l’Elysée. Pourtant, ce sont de multiples coopérations avec les occidentaux qui ont permis à l’Iran d’avoir la bombe à sa main, comme l’explique Dominique Lorentz (son). Car le vrai problème demeure celui de la prolifération. Selon un rapport de l’ONU cité par Dominique Lorentz, 44 pays ont aujourd’hui la capacité de produire des armes nucléaires. « Des sujets interdits » de Dominique Lorentz vient de sortir aux éditions Les arènes. Un dossier de Benoît Collombat.

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