L'offensive menée en octobre dernier par l'armée turque dans le nord de la Syrie lui a permis de reprendre le contrôle d'une bande de 120 km de long sur 30 km de large en territoire kurde. Capitale de la résistance kurde face à Daech, la ville de Kobané est désormais une enclave sous protection de l'armée syrienne.

Drapeau de la République Arabe Syrienne  sur un batiment de Kobané où sont positionnées des troupes syriennes
Drapeau de la République Arabe Syrienne sur un batiment de Kobané où sont positionnées des troupes syriennes © Radio France / Valérie Crova

À l'entrée de Kobané se dresse une imposante statue blanche. Elle représente une femme, deux ailes d’ange dans le dos, bras levés vers le ciel. Deux tanks sont disposés autour de la statue. Ils ont été utilisés par le groupe État islamique pour attaquer Kobané fin 2014. C’est une combattante kurde, Arin Mirkane, qui s’est sacrifiée pour arrêter l’avancée des blindés de Daech. La statue de la femme libre lui est dédiée. 

Place de la Femme à Kobané
Place de la Femme à Kobané © Radio France / Valérie Crova

À l’autre bout de la ville flotte sur un bâtiment le drapeau de la République arabe syrienne. La présence de l’armée de Bachar el-Assad est discrète. Son rôle est avant tout préventif.    

C’est une très bonne chose que l’armée syrienne soit à Kobané, mais juste dans certains points de la ville, pas dans toute la ville. C’est surtout pour protéger notre frontière et pour ne pas subir d’attaques turques. La présence de l’armée syrienne, c’est bien pour cela.

Un compromis pour tenir

Quand la Turquie a lancé son offensive le 9 octobre dans le nord de la Syrie, les Kurdes, qui avaient établi une administration autonome à la faveur du conflit syrien, ont demandé l’aide de Damas. Ils n’avaient pas d’autre choix. Aujourd’hui, les autorités locales tentent de trouver un modus vivendi avec le régime syrien, comme l'explique Rania Mohammad, de l’administration civile de Kobané. 

Ici à Kobané, nous sommes sur une partie du territoire syrien. On ne veut pas se couper du régime syrien. Mais on veut aussi des droits et une région administrative autonome là où nous nous trouvons.

Elle poursuit : "Pour ce qui est de la protection de la frontière, elle est assurée collectivement avec le régime. On a passé un accord pour que les forces démocratiques syriennes (emmenées par les Kurdes) soient juste derrière l’armée syrienne, qui est à la frontière."

Les habitants de Kobané creusent des tunnels partout dans la ville
Les habitants de Kobané creusent des tunnels partout dans la ville © Radio France / Valérie Crova

Des tunnels pour se protéger

L’armée syrienne est en effet positionnée tous les 10 kilomètres le long de la frontière turque. Convaincue qu'une guerre avec la Turquie peut éclater à tout moment, la population de Kobané perce des  tunnels. Partout dans la ville, des marteaux piqueurs creusent dans la roche des galeries souterraines. Autour de Kobané, il n’y a pas de montagne pour se réfugier en cas d’offensive. Une galerie a même été creusée devant le cimetière des martyrs, où sont enterrés 2 000 combattants, hommes et femmes, morts pour défendre la ville. 

Cimetière de Kobané
Cimetière de Kobané © Radio France / Valérie Crova

"Ces travaux, c’est pour notre sécurité au cas où il y aurait des attaques, pour qu’on se protège des frappes aériennes. On pourra se mettre à l’abri à l’intérieur.  Parce que nous, on ne partira pas d'ici."

Que va devenir Kobané alors que le territoire du Rojava fait l’objet de tractations entre Moscou, allié du régime syrien, et Ankara ? Sachant que la Turquie a déjà récupéré les villes d’Afrin, Ras al-Ain et Tell Abyad, jetant sur les routes 300 000 civils kurdes. Les habitants de Kobané, eux, n’abandonneront pas leur ville, qu’ils ont si chèrement reconquise. Et ils sont prêts à de nouveaux sacrifices.  

Les rapports de force en Syrie, début février 2020.
Les rapports de force en Syrie, début février 2020. © Radio France / Syria Liveup Map / CR

Aller plus loin : "Kurdes, les damnés de la guerre", d'Olivier Piot (préface de William Bourdon), Ed. Les Petits Matins.

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