Depuis lundi, quelques étudiants peuvent enfin revenir à l'université. Une rentrée en présentiel très progressive, par groupes de dix, qui concerne les étudiants les plus précaires et ceux qui ont décroché. Mais pour l'immense majorité des 2,7 millions d'étudiants, l'enseignement se fait toujours à distance.

Alix, 18 ans, suit ses cours à distance depuis fin octobre.
Alix, 18 ans, suit ses cours à distance depuis fin octobre. © Radio France / Géraldine Hallot

8h15 du matin. Alix, 18 ans, vient d’avaler son petit déjeuner. Les paupières encore collées, elle se connecte sur Zoom pour suivre un cours de sociologie du sport.
8h20 : premier problème de connexion. Alix jongle sur différentes applications pour tenter d'entendre son professeur sans coupures. C'est une gageure. 

Alix est en première année de STAPS à Rennes, STAPS pour sciences et techniques des activités physiques et sportives. Elle suit tous ses cours à distance depuis fin octobre, et aucune date de retour à l’université ne lui a été communiquée. 

Elle passe donc ses journées seule, devant son ordinateur. "C'est très très compliqué", avoue la jeune fille. "On essaie de se souder les uns les autres mais en fait on ne se connaît pas assez pour cela", poursuit-elle. "Dans ma fac, on n'est rentré que fin octobre. Donc on n'a fait qu'un mois ensemble. C'est dur de créer des liens et de s'entraider". 

La motivation d'Alix est en chute libre. "On a tous envie de lâcher", dit-elle. Quand on lui demande ce qui lui manque le plus, Alix répond tout de suite : "de rire !". "Je m'imaginais faire tous les trucs qui étaient possibles à 18 ans. Et au final, je me retrouve enfermée. Je suis privée des libertés que j'aurais pu avoir". 

La suite ? "Aucune idée". Alix ne sait pas quand elle pourra revenir à l'université. En chute libre aussi l'attention des élèves. Alix a énormément de mal à écouter ses professeurs sans pianoter sur son téléphone ou s'allonger un instant sur son lit, juste derrière. 

Loïc, le père d’Alix, aurait aimé que les universités rouvrent plus grand leurs portes en cette rentrée de janvier. "On aurait pu faire différemment, ça c'est sûr", dit le quadragénaire, kinésithérapeute de profession. "Je prends le cas de ma fille. Cela fait près d'un an qu'elle a des cours d'anglais en distanciel sans forcément de support vidéo [Alix était en terminal l'an dernier, NDLR], donc ça veut dire qu'elle apprend une langue... uniquement par écrit".

Pire encore, Alix est en STAPS cette année, mais aucune pratique sportive n'est autorisée dans le cadre de l'université. "Elle apprend le sport par écrit. En apprenant des règles sur papier. C'est comme si moi qui suis kiné, j'avais appris à faire des massages sur polycopiés !". Le père d'Alix est amer : "je pense que l'on sacrifie notre jeunesse".

Au-delà des apprentissages, c'est toute la vie sociale des étudiants qui est sur pause depuis de longs mois. Et loin d'être anecdotique, l'absence de rencontres, de fêtes étudiantes, de vie associative sur les campus, empêche les jeunes de se forger une identité de groupe, essentielle pour la suite de leur vie. 

Frédéric Atger est psychiatre à la Fondation Santé des Etudiants de France. "Les relations sociales sont un point d'appui pour se lancer dans une vie d'adulte", explique-t-il. "L'adolescence est la période où commence la séparation avec la famille. On concrétise cette séparation pendant la période des études, on acquiert son autonomie". "Les études, c'est vraiment le moment où l'on de trouve. Et l'on se trouve grâce aux rencontres".

Pour autant, Frédéric Atger refuse de parler de "génération sacrifiée".  Les étudiants d'aujourd'hui dit-il, ont beaucoup de ressources, ils savent s’adapter. Il faut arrêter de projeter, sur eux, nos angoisses d’adultes.     

"Etudiants sous Covid, la vie sur pause", c'est un reportage de Géraldine Hallot et Stéphane Beaufils, à retrouver en longueur dimanche dans l'émission Interception.

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