Des humanitaires bombardés ou kidnappés, en Afghanistan, au Yémen, en Syrie... Ces dernières années, ceux qui aident semblent devenus des cibles. Mais désormais, on les prépare.

Dans les ruines de l'hôpital d'Arbin, après une frappe aérienne du régime Assad à Damas, en Syrie, le 1er mai 2017.
Dans les ruines de l'hôpital d'Arbin, après une frappe aérienne du régime Assad à Damas, en Syrie, le 1er mai 2017. © AFP / Yusuf Homs / Anadolu Agency

Siège de Médecins du Monde, à Paris. Une dizaine de personnes sont assises autour d'une table, un téléphone activé sur haut parleur. Sur le mur est projetée une carte de la Libye. L'ONG s'apprête à lancer une mission exploratoire dans ce pays, l'un des plus dangereux au monde.

Ici, il n'y a plus d'État. Deux gouvernements se disputent le pouvoir, les milices armées pullulent, les tribus se battent et le groupe État islamique règne sur une partie du territoire. Au milieu, il y a la route des migrants, l'enfer des passeurs et des trafiquants.

Pour pouvoir travailler dans ce chaos, chacun, qu'il soit logisticien, soignant ou administratif, doit comprendre tout le contexte et tous les acteurs en place. Et puis il faut adapter la logistique de sécurité : comment on se déplace, dès l'arrivée à l'aéroport, comment on recrute un chauffeur de confiance, où l'on trouve des véhicules, qui sont les bons interlocuteurs dans telle ou telle zone, de l'État ou des rebelles.

Il faut identifier les risques – le vol de matériel, les routes barrées, les voitures piégées... sans parler du kidnapping, sachant qu'un enlèvement peut rapporter 2 à 5 millions d'euros aux ravisseurs...

Violence ciblée

Alors quand on prépare une mission, rien n'est laissé au hasard. La DRH de Médecins du Monde, Alice Hennessy, explique :

On peut pas envoyer n'importe qui. Le genre, la nationalité… on leur importance.

D'où le recours de plus en plus fréquent aux ONG locales et aux soins à distance, comme au camp de Dadaab, à la frontière du Kenya et de la Somalie. Après plusieurs kidnappings par les Shebab, les humanitaires expatriés opèrent désormais à distance, par visioconférence, ou en visite éclair, et c'est le personnel local, plus fondu dans la masse, qui est au contact direct des populations.

Stratégie délibérée

Et quand ils ne sont pas enlevés, c'est le risque d'être bombardés qui plane sur eux. En général, les humanitaires donnent aux belligérants leurs coordonnées GPS pour éviter d'être pris pour cibles. Mais en dépit de ces informations, les attaques n'ont fait que se multiplier, qu'elles émanent du régime al-Assad, qui a tué des centaines de médecins en Syrie, où de la coalition américaine en Afghanistan ou saoudienne au Yémen, où 50 % des structures de santé ont été détruites.

Toucher les soignants, c'est une stratégie délibérée, une arme de guerre. Cibler les soignants, les aidants, vise à terroriser la population. Quitte, comme le dit Joël, de Médecins du Monde, à "s'asseoir sur les conventions de Genève".

A travers la campagne Targets of the World , Médecins du Monde lance un appel aux Etats membres de l’ONU et aux internautes, qui peuvent signer une pétition, pour, notamment, imposer aux combattants le principe de protection des civils et mettre fin au ciblage des personnels et structures de santé.

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