Ceux qui partent en vacances en voiture ce week-end n'échapperont pas aux embouteillages. Pour réduire le temps d'attente, plusieurs sociétés d'autoroutes testent le péage sans barrières. Un potentiel gain de temps pour les automobilistes, mais qui va payer ?

Le péage sans barrière de Boulay, en Moselle, sur l'autoroute A4
Le péage sans barrière de Boulay, en Moselle, sur l'autoroute A4

Finies les files de véhicules, pare-choc contre pare-choc aux barrières de péages, lors des grands départs en vacances ? C'est une des promesses du "free flow". Le système déjà en place dans plusieurs pays (Australie, Irlande, Portugal...) arrive en France. Deux sociétés d'autoroutes, Vinci et la Sanef, le testent depuis le début de l'année.

Des portiques bardés de capteurs et de caméras

Pour la Sanef, c'est à Boulay, en Moselle, que le premier péage "free flow" est installé. Désormais, vous ne vous arrêtez plus à la barrière. Vous passez à 50 km/h - c'est la limitation de vitesse à cet endroit - sous un portique muni de capteurs et de caméras.

L'a sortie de Boulay sur l'autoroute A4 en Moselle, après les travaux de mise en place du free flow
L'a sortie de Boulay sur l'autoroute A4 en Moselle, après les travaux de mise en place du free flow

Si vous êtes abonné, vous n'avez rien à faire, vous êtes débité du montant de votre passage. Sinon, vous pouvez vous en acquitter sur Internet. Vous avez dix jours pour le faire et cela vous permet de payer en une seule fois plusieurs passages. Enfin, vous pouvez vous arrêter aux bornes de paiement situées sur le parking juste après le passage du portique. "Aujourd'hui _deux tiers des automobilistes qui passent à Boulay sont abonnés_. 15% s'acquittent sur Internet et 15% aux bornes de paiement" détaille François-Régis Olivier, responsable du réseau Alsace-Lorraine de Sanef. "Notre objectif c'est de dé-corréler le passage sur autoroute de son paiement."

Chez les automobilistes croisés à Boulay, le sentiment est mitigé. "Un vrai gain de temps quand on a le badge" disent les abonnés. Pour ceux qui ne le sont pas et décident de payer directement à la borne après leur passage en revanche, les retours sont majoritairement négatifs : perte de temps, interface pas toujours très claire, et système compliqué.

Un développement sur l'autoroute de Normandie, mais pas seulement

Ce premier portique, c'est un pilote. La Sanef entend équiper d'ici 2022 le tronçon A13 / A14 entre Caen et Paris. "C'est un itinéraire très chargé le vendredi soir, le samedi matin, le dimanche soir, avec des automobilistes qui connaissent les péages. Il y a là un enjeu de service, un enjeu de sécurité, un enjeu de fluidité", défend François-Régis Olivier.

La Sanef n'est pas la seule société concessionnaire d'autoroutes à s'intéresser au système. Vinci le teste près de Tours dans l'Indre. Et chez APRR, les autoroutes Paris Rhin Rhône, le free flow pourrait équiper la future autoroute A79. "Nous pensons mettre en place le système sur nos nouvelles installations" explique Pierre Méau, chef du département péages chez APRR, "et notamment d'ici fin 2021 ou début 2022, équiper l'A79 (anciennement RN79) dont nous devenons concessionnaires".

Un accord à trouver sur le financement

L'aménagement du péage de Boulay en Moselle a coûté cinq millions d'euros selon la Sanef. Devant la commission Aménagement du territoire du Sénat, le PDG de Vinci Pierre Coppey a chiffré la généralisation du "free flow" au réseau autoroutier français à "une somme supérieure au milliard d'euros".

Alors que les tarifs des péages ont été fixés par contrat avec l'État pour les années qui viennent, et après plusieurs mois de crise des "gilets jaunes", il semble difficile d'imaginer financer les travaux nécessaires à la mise en place du "free flow". "Aujourd'hui compte tenu du chiffre d'affaires, des excédents d'exploitation des concessionnaires autoroutiers, on peut penser qu'ils peuvent auto-financer cet investissement de long terme" estime Yves Crozet, économiste des transports, chercheur au CNRS.

Du côté du ministère des Transports, on précise que ce sera "aux sociétés d'autoroutes de faire des propositions sur le financement" des travaux de passage au "free flow". On peut donc s'attendre à des négociations serrées sur le sujet dans les mois qui viennent.

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