Trier, recycler, c'est vital. C'est la mission de l'éco-organisme Citeo, acteur majeur en France. Mais cela suffira-t-il à éradiquer la pollution plastique ? Pas sûr. Seuls 26% des emballages plastiques sont recyclés contre 85% pour le verre. Alors quels sont les blocages, comment fonctionne Citeo ? Enquête.

Rayon des produits laitiers d'un supermarché
Rayon des produits laitiers d'un supermarché © Radio France / Gilles Halais

L'exemple est emblématique : douze milliards de pots de yaourt sont vendus chaque année en France, or ces petits emballages majoritairement en polystyrène ne sont pas facilement recyclables. Le tri sélectif existe mais cela ne suffit pas. "Pendant 25 ans", se désole Nicolas Garnier, directeur de l'association de collectivités locales Amorce, "les consommateurs ont payé des éco-contributions sur les pots de yaourt et leur recyclage n'a pas été financé". Résultat, les pots de yaourt et autres desserts en portions individuelles ont "terminé massivement en incinération ou en stockage". Cela représente 16 milliards de pots en tout selon le Syndifrais, syndicat de producteurs de produits laitiers frais.

Cette association d'élus pointe du doigt l'éco-organisme Citeo qui ne parvient pas à tenir ses objectifs de recyclage, malgré ses efforts. Selon Nicolas Garnier, "cet éco-organisme devait recycler 75% des emballages en 2012, or nous sommes en 2019 et il est à peine à 70%".

Ce spécialiste des déchets estime d'ailleurs que Citeo devrait avoir des pénalités quand il ne respecte pas ses engagements.  Ce sera peut-être l'un des objectifs de la future loi sur l'économie circulaire portée par Brune Poirson.

Quand les financeurs sont les pollueurs, des objectifs non atteints

Alors qu'est-ce-qui bloque ? Citeo est une société à but non lucratif mais elle est financée par les industriels, notamment de l'emballage. Elle elle est donc prise en tenaille entre ses missions d'intérêt général et les stratégies de certains industriels pour sauver le plastique. Ce conflit d'intérêt irrite les militants d'ONG comme Laura Châtel de Zero Waste France : "L'explication vient du fait que leurs actionnaires sont les grandes entreprises qui mettent sur le marché ces emballages."

Le directeur général de Citeo Jean Hornain n'hésite pas d'ailleurs à défendre le plastique. Selon lui, "nos sociétés auront du mal à se passer totalement du plastique, on n'emballe pas par plaisir". Il milite par exemple pour un pot de yaourt 100% recyclable sans pour autant demander aux industriels de passer au verre ou au carton, dont ils ne veulent pas pour des raisons de coût de production. D'ailleurs le patron de Citeo reste optimiste : "En 2022, le taux de recyclage des emballages sera de 75%, cet objectif sera tenu". Et d'ajouter, "si on a un problème aujourd'hui pour 20% des emballages, on arrivera une jour à faire sur le plastique ce qu'on a réussi pour le verre". L'enjeu est donc de moderniser les centres de tri et de produire un polystyrène recyclable.

Sauver le pot de yaourt !

Pour cela, Citeo finance justement trente appels à projets destinés à améliorer la recyclabilité des produits. L'éco-organisme ne se dit pas qu'il aurait intérêt à réduire la production de plastique.

Direction Barbezieux, une petite ville dans la campagne charentaise à une trentaine de kilomètres d'Angoulême. Michel Rauturier dirige l'entreprise Plastiques Venthenat. Auparavant spécialisée dans le PVC, cette usine de quarante salariés fabrique aujourd'hui des films plastique souples et imprimables. Dans cette salle où la température atteint 40 degrés, sont produites chaque jour plusieurs tonnes de bobines de film plastique, 2200 tonnes précisément chaque année. Aujourd'hui, ce patron est "convaincu de la nécessité d'évoluer vers un packaging totalement recyclable". Pour lui cela est "nécessaire pour l'environnement et pour assurer la pérennité de l'entreprise".

2200 tonnes de bobines de plastique souple sortent chaque année de l'usine Plastiques Venthenat à Barbezieux en Charente
2200 tonnes de bobines de plastique souple sortent chaque année de l'usine Plastiques Venthenat à Barbezieux en Charente © Radio France / Célia Quilleret

Avec ses partenaires, dont l'industriel rennais Triballat, les sociétés d'emballage Amcor et Cedap, il cherche à concevoir un pot de yaourt entièrement recyclable et donc monomatière pour 2020. Car aujourd'hui rappelle-t-il, "il y a dans un pot de yaourt 7 à 8 matières différentes ce qui rend bien difficile son recyclage". D'une certaine façon, il veut donc, avec Citeo, sauver le pot de yaourt en plastique !

Pas de remise en cause du modèle

En tout, Citeo investit cette année 7 millions et demi d'euros pour ces appels à projet. L'éco-organisme contribue également depuis l'an passé à un projet de Total en Moselle, à Carling, toujours dans le but de créer un pot de yaourt recyclable. "On s'obstine à trouver une solution qui n'existe peut-être pas", s'agace à nouveau Laura Châtel de Zéro Waste, "tout simplement parce qu'on n'a pas envie de remettre en cause le modèle qui existe aujourd'hui". Pour elle, l'autre problème est que Citéo, société agréée par le ministère de l'Environnement, ne cherche pas à réduire les déchets à la source.

Or Citeo n'est-il pas ici face au mythe du tout-recyclable ? "Attention", prévient Nathalie Gontard, directrice de recherches à l'Inra à Montpellier, "le plastique n'est pas recyclable à l'infini, car la matière s'altère". Il faut donc limiter la production de plastique vierge. "C'est la première mesure à prendre", affirme cette scientifique spécialiste du plastique et bien consciente des dangers de cette matière pour l'environnement et la santé. "Quand il y a une inondation, et c'est ce qui se passe en ce moment avec le plastique, votre premier réflexe peut être d'aller chercher la serpillière pour éponger, comme on le fait avec le recyclage, mais le premier réflexe doit être de _couper le robinet pour supprimer la source du danger_", dit-elle de manière formelle.  Or le gouvernement a un objectif : 100% de plastiques recyclés en 2025, y compris pour les yaourts. Citeo s'y emploie, mais on en est loin et il faudra toujours produire de la résine pour fabriquer les pots. L'industrie du plastique a encore de beaux jours devant elle.

#leplastiquenonmerci

Dans le cadre de la Journée mondiale de l’environnement le mercredi 5 juin, France Inter et Konbini consacrent une deuxième journée au plastique, véritable fléau pour le climat, les écosystèmes marins et notre santé. 

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