Dans l’affaire de « Tarnac » et des sabotages à la SNCF, Julien Coupat, toujours incarcéré, est soupçonné d’appartenir à « l'ultra gauche ». « L’utra gauche » est une appellation créée par le ministère de l’intérieur, pour définir la radicalisation de certains contestaires. Plusieurs premières affaires sont attribuées à l’ultra gauche. Acte de naissance : une circulaire de juin dernier traite des actions violentes attribuées à la mouvance « anarcho autonome ». Elle dit que ces dossiers doivent passer par le filtre du pôle antiterroriste. Le ministère de la justice cite d'ailleurs une des affaires, l'une des toutes premières attribuée à l'ultra gauche par les services de renseignements. Elle démarre à Toulouse, fin 2007. Trois jeunes gens sont interpellés après l'explosion d'une bombe artisanale dans un terrain vague. Les auteurs ont un peu plus de 20 ans. Il y a deux garçons et une fille. Deux d'entre eux sont connus des services pour s'être engagés dans des manifs ou des opérations de soutien. Pendant l'enquête, les charges s'alourdissent. Le trio est poursuivi pour une demi douzaine de petits braquages en Bretagne - qui sont reconnus - et pour tentative d'incendie d'une voiture, garée devant la direction des douanes à Rennes, dans laquelle se trouvaient trois bouteilles de gaz. Pour les services de renseignements, cette affaire incarne la dérive de l'ultra gauche. Mais ça n'est pas si clair. D’abord, la police judiciaire qui a enquêté à Toulouse, n'est pas du même avis. Elle préfère parler de « petits braqueurs », « parasites des mouvements sociaux ». Ensuite, la justice, qui a déjà jugé l'affaire de l'engin explosif à Toulouse, a abandonné l'hypothèse terroriste dans sa condamnation. L'avocat d'un des suspects, maître Thierry Fillion, peut donc facilement dire qu'il y a doute sur ce lien entre l'idéologie et l'action pour son client, Grégoire (interview). Autre dossier fréquemment cité : celui de la « Mouvance Anarcho-Autonome Francilienne ». C'est l'appellation officielle. La MAAF. On la trouve dans un dossier judiciaire ouvert il y a un peu plus d'un an au pôle antiterroriste. Deux personnes sont toujours derrière les barreaux. Six au total sont poursuivies. Et il y a deux affaires dans l'affaire. La première, c'est l'arrestation de trois jeunes gens, près du centre de rétention de Vincennes, pour « transport de substance explosive ». La police a trouvé de la poudre jaunâtre dans une boîte en plastique. La première expertise conclut à un mélange de « clorate de sodium et de sucre ». Les garçons sont fichés aux RG. Pour les juges, ils transportent de quoi faire des « engins explosifs à fragmentation ». Pendant un an donc, ces jeunes incarnent également l'ultra gauche qui menace de basculer dans l'action radicale. Mais il y a 5 mois, une deuxième expertise est versée au dossier. Elle indique que le mélange n'est pas explosif. La poudre ressemble plutôt à un fumigène comme celui qu'on voit dans les manifs. L'autre affaire vise trois personnes. Elles sont suspectées d'avoir essayé de mettre le feu à une dépanneuse de la préfecture de police à Paris, devant un commissariat, entre les deux tours de la présidentielle. Les trois suspects réfutent, mais il y a des traces d'ADN. A l'époque, des dizaines de voitures avaient flambé dans la capitale. Plusieurs personnes ont été poursuivies en droit commun, les comparutions immédiates, alors que le cadre terroriste est utilisé pour les trois de la mouvance dite « anarcho autonome francilienne ». L'avocate Laurence Bedossa trouve cela « aberrant ». Elle défend un garçon qui est poursuivi uniquement pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ». (Les liens qu'il a avec les autres). Actuellement, il est derrière les barreaux, soupçonné d'avoir brisé son contrôle judiciaire (interview). Un autre avocat du dossier, dit également que le rouleau compresseur de l'enquête terroriste permet de monter une véritable bibliothèque du mouvement anarchiste autonome. En décembre dernier, une manif en soutien aux personnes poursuivies a eu lieu à Paris. Sept manifestants ont été interpellés. Ils sont convoqués demain devant la 24ème chambre à Paris. Ils ne sont pas poursuivis pour terrorisme, mais « pour participation à un attroupement » « sans arme ». Parait-il, c'est assez rare comme chef de poursuite – ça date des émeutes de 2005 – ça peut coûter jusqu'a 1 an de prison et 100 000 euros d'amende. Une enquête d’Etienne Monin.

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