Lycéens, sans-papiers et SDF
Lycéens, sans-papiers et SDF © Radio France /

Ils ont 16, 17 ou 18 ans, ils vont tous les jours étudier au lycée. Pourtant chaque soir, ils dorment dans la rue, livrés à eux-mêmes. Près de 200 jeunes sans papiers vivraient aujourd'hui hors de tout dispositif d'aide.

Solenne Le Hen a rencontre Ibrahima. Il dit avoir 17 ans. Menacé par son oncle en Guinée, Ibrahima a débarqué en France il y a un an. Seul. Ce grand gaillard passionné de foot s'est présenté aux services d'aide aux mineurs isolés, mais son dossier a été rejeté. Il ne peut donc pas entrer dans le dispositif de protection de l'enfance, obligatoire en France pour tout mineur isolé. Alors à Paris, pour dormir, Ibrahima a dû se débrouiller. Son meilleur plan ce sont les bus de nuit.

Ibrahima

je ne m'attendais pas à ça mais au moins j'ai la chance d'être à l'école

Grâce à beaucoup de volonté, Ibrahima a fini par être scolarisé. Il est en bac pro "logistique et transports" et rêve de travailler plus tard dans la logistique militaire. La logistique justement, pas toujours évidente pour lui aujourd'hui.

Ca m'arrivait de somnoler en classe. C'étair hyper dur de faire les devoirs. Mes livres, je les gardais chez un ami pour ne pas les mouiller ou les abimer.

Et c'est grâce à l'école qu'il a réussi à sortir de la rue. Son prof de maths l'héberge depuis plusieurs semaines.

Comment fonctionnent les services de l'enfance

La demande de protection d'Ibrahima a été refusée car on a estimé qu'il était majeur.

La plupart de ces adolescents arrive au service d'accueil de Paris, la PAOMIE, Ils sont environ 120 chaque mois, presque uniquement des garçons de 16 à 19 ans, venus surtout du Mali, de Guinée Conakry, du Bengladesh et du Pakistan.

Ce matin-là, débarque Shahim, du Bengladesh. Un garçon frêle, bonnet vissé sur la tête, il dit avoir 16 ans. Avec l'aide d'une traductrice par téléphone, les services d'accueil en apprennent un peu plus sur lui.

Il est arrivé en France aujourd’hui via l’Italie et le passeur l’a laissé près de la PAOMIE

Dans ces structures d'accueil, tout l'enjeu est de savoir si oui ou non, ces adolescents sont réellement mineurs, et s'ils sont réellement isolés. Cela grâce à un entretien, qui va permettre de comprendre leur parcours, voire de relever les incohérences dans leur récit. Puis un avis est rendu aux services sociaux et en dernier ressort, c'est le juge pour enfants qui statue.

A Paris, environ un dossier sur deux est rejeté. C'est beaucoup, mais ça s'explique par des dérives du système, analyse Pierre Henry, le directeur général de l'association France Terre d'Asile, qui est mandatée pour mener ces entretiens.

Nous avons vu apparaître un certain nombre de jeunes maliens qui en fait arrivaient de la Seine Saint Denis, également des jeunes Sri-lankais

Car l'enjeu est de taille pour ces jeunes gens. Si leur dossier est accepté, non seulement ils ont la garantie d'avoir un toit, de manger à leur faim et d'être scolarisés. Mais ils ont également la garantie, tant qu'ils sont mineurs isolés, de ne pas être expulsés. Il sera plus tard plus facile pour eux d'obtenir des papiers, et ils entrent alors dans un dispositif d'aide qui se poursuit après leurs 18 ans.

Cela coute environ 50 000 euros par an et par adolescent. Ce sont les Départements qui paient, mais certains Conseils généraux se disent saturés de demandes et refusent de payer la facture.

Il y aurait aujourd'hui en France plus de 8 000 mineurs isolés étrangers.

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