24 manifestants éborgnés chez les "gilets jaunes", des dizaines d'autres gravement blessés. Y-a-t-il un problème de violence dans la police française ? C'est la question que l'on se pose dans le zoom de France Inter ce jeudi.

Marche contre les violences policières le 2 juin 2019 à Paris
Marche contre les violences policières le 2 juin 2019 à Paris © AFP / François Guillot

Christophe Castaner doit publier d'ici fin mars le "schéma national du maintien de l'ordre". Il s'agit d'une mise à jour de la doctrine policière après les manifestations des "gilets jaunes" qui ont été émaillées de violences inédites dans les rangs des manifestants, mais aussi chez les policiers.  

C'était le 12 janvier 2019 à Bordeaux. Olivier Béziade, un pompier volontaire, participe à sa première manifestation de "gilets jaunes". L'ambiance est bon enfant, mais lors de la dispersion des manifestants, un policier de la brigade anti-criminalité lui tire dessus avec son lanceur de balles de défense*.
Olivier Béziade était pourtant de dos, en train de repartir. Il prend la balle en pleine tête.  

Olivier Béziade, chez lui à Bordeaux. Il souffre de graves séquelles neurologiques.
Olivier Béziade, chez lui à Bordeaux. Il souffre de graves séquelles neurologiques. © Radio France / Géraldine Hallot

Un an plus tard, ces images hantent toujours Mathieu [le prénom a été modifié, NDRL], un CRS avec 20 ans d'expérience. Sa compagnie a été déployée lors de toutes les grosses manifestations de gilets jaunes et contre la réforme des retraites. "On a été témoin d'images où certains effectifs de police ont utilisé les LBD dans des conditions discutables", estime le CRS. "Il y a des situations où certains collègues ont été dépassés".  

En France, ce sont les CRS et les gendarmes mobiles qui assurent normalement le maintien de l'ordre dans les manifestations. "Le maintien de l'ordre c'est une spécialité, c'est un vrai métier, on a une formation", poursuit Mathieu. "On a une expérience du maintien de l'ordre que d'autres corps dans la police n'ont pas".

À partir du 1er décembre 2018 [jour où l'Arc de Triomphe a été saccagé, NDRL], "le ministère de l'intérieur a eu tellement peur de l'événement qu'il a appelé tous les effectifs de police disponibles", explique encore Mathieu. "Mais tous ne sont pas formés au maintien de l'ordre, il y a des ordres à respecter, on n'intervient pas comme ça".    

Mathieu pense notamment à ses collègues des BAC, les brigades anti-criminalité, suspectées de tirer abondamment au LBD lorsqu'elles sont prises à partie. Arnaud [prénom modifié, NDRL] travaille dans une BAC de la région parisienne. Il a été envoyé en renfort pour faire du maintien de l'ordre à Toulouse.
On lui demande :
- Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui disent que les BAC tirent trop au LBD et ne sont pas formées à ça ?
- "Quand on tire, c'est qu'on doit tirer, répond-il Quand on interpelle, c'est ciblé. Il y a un seul coup sur un LBD 40, on ne tire pas des rafales !" 

Mais tout de même, est-ce que toutes ces images de manifestants blessés n'interpellent pas le policier de la BAC ? "Il y a des violences dans nos rangs certes", dit Arnaud. "Mais elles ne sont jamais gratuites chez nous. Par contre les violences contre les policiers, elles, sont gratuites".

Arnaud reconnaît qu'après toutes ces sollicitations, tous ces week-end à travailler, et face à des manifestants parfois très violents, il "n'est pas à l'abri de perdre son sang froid, de mettre une claque ou un coup de poing". Il conclut : "Nous ne sommes pas là pour punir les gens, c'est le rôle de la justice. Ceci dit, on reste des hommes. Il y a le bruit, les projectiles, les collègues qui tombent... Tout cela mis bout à bout, des fois on peut craquer".   

"Gilets jaunes" blessés, avocats, associations, de nombreuses voix demandent au minimum l'interdiction du LBD pour faire baisser la tension entre la police et les manifestants.

Mathieu, le CRS, est contre l'interdiction mais il estime qu'il faut une formation plus poussée. "Il faut savoir qu'une erreur infime d'un degré dans l'angle de visée entraîne une différence de 25 centimètres dans l'impact ciblé". En clair : les policiers peuvent viser le torse et la balle arrivera dans la tête.   

Même l'IGPN, la police des polices, s'interroge sur l'emploi du LBD. Sa directrice générale Brigitte Jullien nous a reçus. "Après ce mouvement des 'gilets jaunes', on n'évitera pas une grosse réflexion sur l'usage du LBD. L'IGPN peut être force de propositions."   

Brigitte Jullien, la directrice générale de l'IGPN
Brigitte Jullien, la directrice générale de l'IGPN © Radio France / Géraldine Hallot

Les policiers que nous avons interrogés attendent beaucoup du schéma national du maintien de l'ordre qui doit être publié d'ici la fin du mois. L'emploi du LBD devrait être au minimum précisé, si ce n'est plus encadré.

"Police, l'inévitable remise en question", c'est un reportage à retrouver en longueur ce dimanche dans l'émission Interception

* Le policier auteur du tir a été mis en examen pour "violences volontaires"

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.