En mars prochain, les habitants des trois villages isérois du Plateau des Petites Roches éliront un unique maire pour la première fois de leur histoire. Leurs communes ont récemment fusionné pour faire face à la baisse continue des dotations de l'Etat.

Sain-Hilaire, commune de Plateau des Petites Roches
Sain-Hilaire, commune de Plateau des Petites Roches © Radio France / Sébastien Sabiron

Chaque semaine, France Inter vous emmène avec "Code Postal" à la rencontre de ces villes, de ces villages pour qui l'élection municipale de mars 2020 sera un rendez-vous majeur.

C'est un balcon suspendu à mille mètres d’altitude, dans le massif de la Chartreuse, à une quarantaine de kilomètres de Grenoble et de Chambéry. Le long d'une unique route s'alignent trois villages : Saint-Pancrasse, Saint-Hilaire-du-Touvet et Saint-Bernard-du-Touvet. Depuis le 1er janvier 2019, ils forment la commune nouvelle de Plateau des Petites Roches.  

La fusion a été votée quasiment à l'unanimité par les trois conseils municipaux. Depuis lors, la commune compte un maire et trois maires délégués (finances, habitat et urbanisme). Consultés uniquement sur le nom de la commune, les 2.500 administrés n'y voient rien à redire. "Il y avait déjà une logique de plateau, confie une habitante de Saint-Hilaire. Fusionner les communes est plutôt cohérent, même s'il subsiste des querelles de clocher. Chaque village conservera sa spécificité."  

Le journal municipal de Plateau des Petites Roches
Le journal municipal de Plateau des Petites Roches © Radio France / Sébastien Sabiron

Grâce à de nouvelles synergies et surtout à la mutualisation des services municipaux (voirie, déneigement, stations de ski), cette fusion doit permettre, à terme, de faire des économies d'échelle. Ex-conseiller municipal de Saint-Pancrasse, le maire de la commune nouvelle, Alain Rougier, estime qu'il fallait franchir le pas pour faire face au désengagement de l'État dans les territoires. 

Fusionner à quinze mois des municipales, c'est un sacré défi et pour l'instant, cela coûte de l'argent. 

"Il a fallu notamment investir dans un nouveau logiciel de paye commun aux trois communes.  Mais dans le même temps, nous n'avons plus qu'un seul journal municipal au lieu de trois [...] Nous pouvons désormais lancer des projets communs et pas chacun dans notre coin." 

Alain Rougier, le maire de Plateau des Petites Roches
Alain Rougier, le maire de Plateau des Petites Roches © Radio France / Sébastien Sabiron

Des projets à la pelle

Avec son nouveau budget fusionné de 2,5 millions d'euros, la commune nouvelle a pu créer un poste de coordinatrice scolaire. Depuis la rentrée, l'école de Saint-Pancrasse (le plus petit des trois villages) dispose d'un service de restauration. Les repas sont préparés à la cantine Saint-Hilaire et convoyés jusqu'à Saint-Pancrasse. Un changement majeur pour les enfants qui jusqu'à présent devaient emmener leur propre déjeuner à l'école. 

La cantine scolaire de St Pancrasse
La cantine scolaire de St Pancrasse © Radio France / Sébastien Sabiron

À l'autre bout du plateau, Saint-Bernard sera doté au printemps d'un pôle culturel, sous la forme d'un "Magasin Général", où l'on pourra aussi acheter des denrées produites localement. Un projet très attendu à l'échelle de la commune nouvelle.

Jusqu'où ira la fusion ?

Mais cette fusion ne va pas sans quelques inquiétudes. Si les élus actuels ont décidé de "ne pas toucher aux écoles", le conseil municipal qui sera élu en 2020 pourrait en décider autrement. Sophie Sagne, directrice de l'école de Saint-Pancrasse redoute que cette logique d'économie conduise à fusionner les trois établissements scolaires du plateau.

Il y a deux autres écoles à Saint-Hilaire : une maternelle et une primaire. Si à terme il devait y avoir une seule gestion de ces écoles, on perdrait ce qui fait notre identité. 

"Dans le village, il reste un restaurant une école. C'est tout. Nous rapatrier sur Saint-Hilaire ce serait pour moi la fin du village de Saint-Pancrasse. "

Sophie Sagne, directrice de l'école de Saint Pancrasse
Sophie Sagne, directrice de l'école de Saint Pancrasse © Radio France / Sébastien Sabiron

La fusion des communes pose aussi la question de la fiscalité locale et notamment de la taxe foncière, dont les taux varient dans chaque commune. Les élus ont douze ans pour les uniformiser, mais dans une assiette fixée par la valeur locative cadastrale de 1970. Un dossier que traite Fabrice Serrano, maire de Saint-Bernard délégué aux ressources humaines et aux finances :

Notre chance, c'est qu'aucune des trois communes n'était endettée. 

"Les taux de fiscalité sont relativement proches. Ils sont plus élevés à Saint-Hilaire car c'est la commune centrale, qui dispose de plus de services. Il y aura donc forcément des gagnants et des perdants. Mais l'alignement des taxes se fera très progressivement, ce qui limitera l'impact sur les feuilles d'impôts. Pour un foyer avec deux enfants, ce sera entre 50 et 60 euros de fiscalité en plus, étalé sur douze ans."

Fabrice Serrano, maire délégué de Saint-Bernard
Fabrice Serrano, maire délégué de Saint-Bernard © Radio France / Sébastien Sabiron

L'enjeu des prochaines municipales se jouera sans doute en partie autour des prochaines étapes de la fusion. Faut-il conserver trois écoles ? Faut-il conserver trois mairies ou concentrer tout les actes d'état civil dans la commune centre ? Il subsiste également une question que les équipes actuelles n'ont pas su trancher : pour l'instant, les habitants de Plateau des Petites Roches n'ont pas de nom...

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