Ce matin s'ouvre à Paris le procès en appel de la catastrophe de l'Erika, qui avait provoqué une immense marée noire en 1999. Le géant Total, quatrième groupe pétrolier mondial, condamné pour délit de pollution et atteinte à l'environnement en janvier 2008, refuse d'être reconnu co-responsable. Voilà l'ambiguité et l'enjeu de ce procès. Responsabilité et préjudice écologique. Personne n'a oublié ce 12 décembre 99 où l'Erika s'est brisé en deux au large de la Bretagne, libérant 20 000 tonnes de fuel et défigurant 400 kms de côtes, du Finistère à la Charente-Maritime. Après jugement, Total a accepté de payer 192 millions d'euros d'indemnités aux parties civiles, en échange de ne pas faire appel. La firme affréteur du navire, explique son avocat Daniel Soulez Larrivière, veut bien être solidaire mais pas coupable (interview). Total s'appuie en ce sens sur le droit international qui ne rend pas responsable l'affréteur. Il refuse donc d'être condamné au même titre que l'armateur ou le gestionnaire de l'Erika. Inacceptable pour la trentaine de parties civiles encore en lice aujourd'hui. Total savait que ce vieux navire de 23 ans ne devait plus voyager - raison de plus pour continuer la bataille. Objectif : confirmer les condamnations et obtenir la reconnaissance du préjudice écologique pour tous. Exemple à Batz-sur-mer. Cette station balnéaire du pays de Guérande a été l'une des plus touchées par la marée noire. Pour mettre toutes les chances de sont côté, Daniele Rival, l' édile de la commune, vient aujourd'hui avec de nouveaux argumen (interview). Cette reconnaissance du préjudice environnemental est une première en France. Elle n' a été accordée l'an dernier par le tribunal qu'à deux plaignants. Question de compétences selon les juges. Résultat : seul le Conseil Général du Morbihan et la ligue de protection des oiseaux peuvent y prétendre. Le premier, le Morbihan a accepté l'offre de Total. Le président du Conseil Général, Joseph François Kergueris, se dit satisfait au civil mais pas au pénal. Dans ce second round, il sera là sans y être entièrement (interview). Pour le second, la ligue de protection des oiseaux et son responsable en Loire-Atlantique, Guy Bourlès, ont eux décidé d'aller en appel. Après l'Erika, au moins 150 000 oiseaux sont morts. Il est temps de rompre avec de vieux schémas (interview). Depuis la catastrophe, la règlementation s'est considérablement durcie : un dégazage puni d'une amende de 15 000 euros avant, peut atteindre aujourd'hui 600 000 euros. De quoi inciter à la prudence. ____Un dossier de Nathalie Hernandez.

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