Il y a six ans, l’Écosse disait nettement non à l’indépendance, avec 55 % des suffrages. Mais récemment, plusieurs sondages accordent une majorité au "oui". De quoi faire resurgir l'idée d'un vote chez les partisans les plus acharnés de la sortie du Royaume-Uni. Reportage à Edimbourg.

Devant le Parlement Ecossais actuellement, 3 drapeaux : le Royaume-Uni, l'Ecosse et l'Europe
Devant le Parlement Ecossais actuellement, 3 drapeaux : le Royaume-Uni, l'Ecosse et l'Europe © Radio France / Richard Place

Devant le Parlement écossais, un bâtiment massif en béton, trois drapeaux flottent au vent frais de ce début du mois d’octobre : les couleurs de l’Europe, de l’Écosse et du Royaume-Uni. Ce dernier est légèrement en-dessous des deux autres. Serait-ce volontaire de la part de la majorité actuelle ? Fulton McGregor en fait partie. Il est député du SNP, le Parti national écossais, et il n’avait pas remarqué. Il lève les yeux et sourit : "Ce n’est pas volontaire. Pas que je sache… Je vais peut-être poser la question au secrétaire du Parlement."

Fulton McGregor, député du Scottish National Party
Fulton McGregor, député du Scottish National Party © Radio France / Richard Place

Évidemment, cette question, il ne la posera pas. Mais cette histoire de drapeaux l’amuse. Lui, comme son parti, plaide en faveur de l’indépendance. Un souhait porté par les récents sondages. Le camp du "oui" atteint même les 54  % dans certaines enquêtes. Il faut dire que ces derniers temps, le SNP s’est découvert un allié inattendu.

Boris Johnson a sans doute été un bon argument en faveur de l’indépendance. Son attitude et sa gestion bordélique des crises actuelles nous ont fait gagner quelques soutiens.

Londres a beaucoup changé d’avis dans sa façon de lutter contre la pandémie. Dans le même temps, la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon a beaucoup communiqué sur ses décisions et a semblé plus sérieuse, plus carrée. Avec des résultats similaires mais une attitude plus rassurante.

Un parcours laborieux

Et puis il y a les négociations sur le Brexit qui ne vont nulle part et qui inquiètent. Boris Johnson claironne qu’il pourrait tout à fait violer le droit international.

Michael Gray, jeune avocat de 29 ans, se définit comme militant nationaliste et pro-Europe. Aujourd’hui, il réclame un nouveau référendum sur l’indépendance. "Les Conservateurs n’ont plus gagné une élection en Écosse depuis 1955." Il rappelle aussi que l’Écosse avait nettement voté contre le Brexit, à 62  %. 

Michael Gray, militant indépendantiste et pro-européen
Michael Gray, militant indépendantiste et pro-européen © Radio France / Richard Place

"C’est vu comme une décision principalement anglaise et prise à Londres. Et le vote de l’Écosse pour rester dans l’Europe a été ignoré. Tout comme notre demande de rester dans le Marché unique, dans l’Union douanière ou même de participer aux négociations actuelles. Quand on ne vous écoute pas, parfois, il faut prendre ses responsabilités."

Pour organiser un référendum, il faut l’aval du Parlement britannique. Justifier ce vote, six ans seulement après le précédent, c’est compliqué et, de toutes façons, c’est une folie, selon Alex Cole Hamilton, député libéral démocrate :

Ils ne se rendent pas compte de ce que nous coûterait l’indépendance. Ça ajouterait du chaos au chaos.

"Le déficit en Écosse s’élève à 8  % du PIB, 8 % ! Pour entrer dans l’Europe, il faut maximum 3  %, explique le député. Ils ne nous accepteraient pas avant des années. Il faudrait augmenter les impôts et réduire les dépenses pour que ça arrive. Ce n’est pas facile à vendre à un pays qui souffrira encore des séquelles du Brexit et de la Covid-19."

Une issue inéluctable ? 

L’année prochaine, au mois de mai, nouvelles élections au Parlement écossais. Le Parti national espère bien renforcer sa majorité et pousser ensuite cette idée d’un référendum. Il sera inévitable, d’après la politologue Kirsty Hughes : "Vous ne pouvez pas toujours dire "non". Au Royaume-Uni, les gens ont compris que l’Écosse est un pays, pas juste une région."

Si au bout du compte, vous avez 60 % des gens voire plus qui expriment leur envie d’indépendance, en particulier les jeunes, les moins de 50 ans, vous ne pouvez pas les ignorer éternellement. Alors la question c’est "quand" et pas "si".

Kirsty Hughes, politologue
Kirsty Hughes, politologue © Radio France / Richard Place

Les indépendantistes sont prêts à faire campagne, ils ont déjà leur chanson : Hope Over Fear de Gerry Cinnamon. Traduction : "L’espoir au-dessus de la peur." Ils ont beaucoup de travail devant eux notamment pour rassembler des gens aussi différents que les militants de gauche pro-européens et les nationalistes purs et durs.

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  • Richard PlaceJournaliste, correspondant de Radio France au Royaume-Uni
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