L’accident vasculaire cérébral du président Chirac pose une nouvelle fois le problème de la transparence sur l’état de santé des hommes politiques. Un problème auquel sont confrontés tous les pays du monde :comment informer sans mentir c’est à dire sans abuser le public, sans abuser les électeurs ? En France depuis la présidence de Georges Pompidou, l’information du public sur la santé des présidents est entachée successivement de mystères et de mensonges. Quelques jours avant la mort du président Pompidou la version officielle était : le président souffre d’une grippe. Il était en réalité atteint d’un grave cancer et les traitements déformaient son corps. Son successeur François Mitterrand décidait, lui, de jouer la transparence et dès son élection annonçait que des bulletins de santé réguliers seraient publiés. On connaît la suite. Le président Mitterrand, deux mois après son élection en 81, apprend qu’il souffre d’un cancer de la prostate. Ses bulletins de santé n’en feront état qu en 92 lorsqu’il sera opéré. Jacques Chirac avait décidé de ne pas publier d’information sur sa santé et depuis son élection toute la France s’émerveillait de sa vigueur. Mais il va avoir 73 ans et peu à peu avec l’âge les pathologies s’installent. Depuis vendredi, date de son hospitalisation au Val de Grâce, la France apprend qu’il a fait un accident vasculaire cérébral, mais pas grave comme s’il s’agissait de minimiser l’incident. Il restera hospitalisé une semaine - là encore c’est normal, ce n’est pas grave. Sans autre explication, surtout pas médicale. Un texte de 3 lignes distribué aux journalistes devant l’hôpital du Val de Grâce nous apprend que le président a bien dormi et que globalement il va bien. Un texte ne portant la signature d’aucun médecin. Le président de la République française tient sa légitimité de son élection au suffrage universel. Alors, les Français ont-ils le droit de savoir ? Il est le chef des armées et se fait soigner dans un hôpital militaire : une garantie que le secret sera bien gardé. Le dr Claude Gübler qui a été le médecin de François Mitterrand et qui s’est tu jusqu’à sa mort a longuement réfléchi aux problèmes que pose la communication à tous d’une maladie d’un président français en exercice. Mais la France n’a pas l’exclusivité de cette attitude. En Grande-Bretagne, le 1er ministre bien que cinquantenaire a été plusieurs fois malade. Pas si simple donc en dépit des apparences. Et en Italie, on communique plus sur les aspects futiles que sur les véritables maladies. Jean-Paul 2 il est vrai n’avait pas hésité à sortir de l’hôpital avec, à bord de sa voiture un cameraman et sa caméra. La santé est incontestablement un élément de communication pour les grands de ce monde, de communication mais pas d’information. Un dossier d'Hélène Cardin, journaliste spécialisée dans les questions de santé à France Inter.

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