17 ans après la fin de la guerre dans l'ex-Yougoslavie, Sarajevo est en passe de devenir l'une des capitales européennes du tourisme de mémoire. Problème : le business de la guerre ne fait pas que des heureux.

les traces encore visibles des combats sur les vieux immeubles faces aux nouvelles constructions
les traces encore visibles des combats sur les vieux immeubles faces aux nouvelles constructions © Radio France / Philippe Lefebvre

Même si la Bosnie Herzégovine est encore très loin des performances touristiques de la Croatie voisine, force est de constater que les villes martyres de Sarajevo ou de Mostar attirent de plus en plus de touristes désireux de découvrir les traces encore bien visibles de ce conflit qui a ensanglanté les Balkans dans les années 90.

Et depuis quelques années les chiffres sont là pour le confirmer. "En 2017, explique Azra Dzigal conseillère du ministre du tourisme et de l’environnement bosniaque, nous avons reçu 1,3 million de touristes dont 15 000 français."

Quelques visiteurs français originaires de Bretagne, rencontrés dans la vieille ville le confirment "nous sommes venu pour essayer de comprendre mais surtout de voir cette ville que l’on n’avait vu qu’à la télévision pendant la guerre". 

Dans la vieille ville de Sarajevo, on trouve des souvenirs fabriqués à partir de balles de mitrailleuses
Dans la vieille ville de Sarajevo, on trouve des souvenirs fabriqués à partir de balles de mitrailleuses © Radio France / Philippe Lefebvre

Pour ce qui est des stigmates du conflit, les visiteurs ne sont pas déçus

Des dizaines d’immeubles portent encore les traces des impacts de balles ou d’obus. Les images de ce passé ils les trouveront encore dans la dizaine de musée consacrés à la guerre, ou à quelques kilomètres du centre de la ville, dans un banal quartier pavillonnaire où se trouve l’entrée du "tunnel de l’espoir", un tunnel de 800 mètres de long qui cheminait sous les pistes de l’aéroport et qui permettait de ravitailler la ville, mais surtout de faire rentrer des armes ou d’évacuer les blessés. Aujourd’hui, même si l’on ne peut voir que les 50 premiers mètres du tunnel, ce lieu symbolique est sans doute l’un des sites les plus visités de Sarajevo.

Le tunnel de l'espoir
Le tunnel de l'espoir © Radio France / Philippe Lefebvre

Mais une question se pose : s’agit-il ici de tourisme de mémoire, comme sur les plages du débarquement en Normandie, ou de voyeurisme ? Même chez les professionnels locaux du tourisme on a du mal à répondre à cette question. Entre les deux, la frontière est bien mince. Ainsi il n’est pas rare de trouver dans les boutiques de souvenirs de la vieille ville des stylos en forme de balles de mitrailleuses ou encore de modelés réduits de chars ou d’avions de chasse réalisés avec ces mêmes balles. Le goût est douteux et cette exploitation de la guerre agace Alain Girard, ancien officier français en poste à Sarajevo à la fin de la guerre et qui réside dans le pays. Pour lui l’exploitation de la guerre et de la misère est indécente. Mais pour Elena jeune guide francophone "Cela ne pose pas de problèmes tant que l’on respecte les populations qui ont souffert". D’ailleurs ajoute t’elle "on est loin des jeunes touristes aventuriers."

Reste que pour les tour operator, la visite de Sarajevo est désormais incontournable, explique Helmut Gschwentner, directeur général de Visit Europe. Toutefois, reconnait ce professionnel, elle ne peut représenter d’un bref séjour de trois nuits au maximum dans le cadre d’un circuit plus vaste incluant la Bosnie, La Croatie et le Monténégro.

L'une des mosquées de Sarajevo
L'une des mosquées de Sarajevo © Radio France / Philippe Lefebvre

Mais la clientèle touristique européenne ne représente pas une priorité pour les autorités bosniaques. Elles misent plus volontiers sur la riche clientèle des pays du Golfe qui semblent apprécier ici la nature, la fraîcheur et tout cela dans un environnement familier avec d’innombrables mosquées et des restaurants qui dans leur grande majorité proposent de la cuisine halal, pays à majorité musulmane oblige.

Aujourd’hui de nombreux investisseurs de Dubaï ou du Qatar dépensent beaucoup d’argent pour construire des hôtels plus spécifiquement destinés à la clientèle du Golfe. Des investissements observés avec prudence par nombre de Bosniaques qui redoutent que l’arrivée des pétrodollars en Bosnie s’accompagne de bouleversement dans la vie quotidienne des habitants notamment en matière de pratiques religieuses.

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