Serons-nous un jour tous fichés ? Suivis à la trace dans tous nos déplacements ? Scrutés et "décortiqués" dans nos modes de consommation ? Perdrons-nous le contrôle de notre vie privée ? Certains le craignent depuis l'arrivée de petites étiquettes électroniques sur le marché. Si petites qu'elles en deviennent invisibles à l'oeil nu, si bon marché qu'elles pourraient être apposées sur n'importe quel produit, sur n'importe quel être vivant. On parle ce matin de ces puces électroniques à l'occasion du débat organisé ce soir par l'association Vivagora et la cité universitaire internationale, et dont France Inter est partenaire. Qu'est ce que cette nouvelle technologie microscopique va changer dans notre quotidien ? Quels bénéfices peut-on en tirer et comment contrôler leur impact sur notre vie ? Il semble qu'on ne pourra pas échapper à la généralisation de ces étiquettes microscopiques, qu'on dit intelligentes. Elles sont amenées à remplacer une bonne partie des codes barres (ces codes qui servent à la caisse d'un magasin à identifier l'article acheté). Active ou passive, ces RFID -leur nom barbare-, échangent des informations à distance, grâce à un signal radio. La déferlante a commencé avec les constructeurs automobiles. Ils ont adopté cette puce intelligente pour les clés de contact. Au Brésil, pour assurer la traçabilité du bétail, les éleveurs l'ont apposée aux oreilles de toutes leurs vaches, ce qui est extrêmement pratique pour identifier les bêtes car les vaches ne supportent pas qu'on leur touche les oreilles. Michelin tague ses pneus comme ça. Carrefour la teste sur des palettes de marchandises et Gap a augmenté son chiffre d'affaire de 5% depuis que tous ses stocks sont gérés avec cette technologie. Moins de contrôle manuel, donc moins de temps, moins d'erreurs. Si c'est économiquement intéressant, en quoi cette nouvelle technologie pose problème ? C'est sa taille tout simplement. Les étiquettes RFID sont si petites qu'on omet souvent de mentionner leur présence aux consommateurs. Incolore, inodore, invisible mais pourtant bien là. Certes, comme le souligne Philippe Marcel, un spécialiste des systèmes industriels avancés qui enseigne à l'ESISAR, école d'ingénieurs à Valence, ce n'est pas le premier marquage utilisé à grande échelle (interview). On nous cache tout, on nous dit rien, ça vous rappelle peut-être quelqu'un. Big brother nous observe-t-il tant que ça ? On est pas mal fiché aujourd'hui. Est-ce si dérangeant ?A chacun d'en juger. Un autre exemple. Il y a quelques années, pour lutter contre la fraude, la RATP a introduit le pass Navigo pour remplacer la carte orange. A la place du ticket magnétique, une carte sans contact. 1 million et demi de franciliens l'ont déjà adoptée. Mais savent-ils qu'on peut désormais suivre tous leurs déplacements ? Car pour obtenir le pass Navigo, il faut fournir des informations personnelles qui sont conservées par la RATP. La RATP n'a pas souhaité nous répondre mais au syndicat des transports d'Ile de France en revanche, Olivier Nalin explique la démarche (interview). Habituellement, dans les affaires de liberté individuelle, nous avons en France un organisme qui veille, la Commission Nationale Informatique et Liberté. En 2003, la CNIL s'est d'ailleurs prononcée sur ce sujet qu'elle juge sensible. Pour elle, la collecte de données personnelles est susceptible de porter atteinte à la vie privée. En conséquence, il faut des limites. La RATP n'a pas le droit de conserver plus de 48 heures les informations concernant nos trajets. Et on peut exiger que la photo ne soit pas conservée numériquement. La CNIL se bat pour que toute l'Europe soit vigilante. Yann Le Hegarat est responsable du dossier à la CNIL (interview). Pour la grande distribution, la CNIL recommande aussi qu'un dispositif de désactivation des étiquettes soit ajouté au système pour libérer le consommateur de la surveillance dès la sortie du magasin. Quant aux employeurs, ils ont obligation d'informer leurs salariés en cas de présence de puces électroniques dans les badges d'accès. Un dossier de Sophie Bécherel, spécialiste des questions scientifiques à France Inter. INFOS Tous les 2ème jeudi de chaque mois, un débat a lieu à la cité universitaire internationale à Paris. Ce soir à 19h, le thème est "L'usage des nanoproduits au quotidien, avec l'impact sur notre vie, le respect de la personne, de la vie privée et l'accès équitable aux ressources". Une adresse électronique pour plus d'infos :www.vivagora.org

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.