Le 22 novembre dernier, Angela Merkel devenait officiellement la première allemande Chancelière Fédérale. Deux semaines plus tard, elle s'est surtout illustrée sur la scène internationale en multipliant les voyages à l'étranger, comme pour tout nouveau chef de gouvernement. Sur le plan intérieur en revanche, les Allemands attendent de voir Angela Merkel à l'ouvrage. Ils sont partagés, entre résignation et scepticisme. Les Allemands n'ont pas accordé " d'état de grâce " à Angela Merkel. C'est vrai que la situation économique du pays ne s'y prête guère avec un peu moins de 5 millions de chômeurs et une dette publique colossale. Chacun regarde d'abord ce qu'il a dans son assiette, et ce que la nouvelle chancelière fédérale a promis de lui donner ou de lui enlever. Et quand on interroge les Berlinois, beaucoup justement s'attendent à devoir faire des sacrifices, à cause notamment de cette fameuse hausse de TVA de 3 % qui ne sera pourtant effective qu'en 2007. Deva tient un bureau de tabac-journaux à quelques centaines de mètres de la Chancellerie Fédérale. Cette turque d'origine vit depuis 30 ans à Berlin, et elle observe, dit-elle, chaque jour un peu plus le pessimisme de ses clients qui gagne du terrain (interview). A l'autre bout de l'échelle sociale, Michael dirige une petite entreprise de transports sur le grand Berlin. Il emploie une demie douzaine de salariés. Lui se dit convaincu qu'Angela Merkel ira au bout de son mandat, même si, pour l'instant, les premiers pas de la chancelière fédérale n'ont guère changé son quotidien sur le plan professionnel (interview). Au lendemain de son discours d'investiture devant le Bundestag, Angela Merkel bénéficiait pourtant d'un large soutien dans l'opinion publique puisque 67 % des Allemands interrogés dans un sondage approuvaient le fait qu'Angela Merkel soit à la tête du gouvernement de grande coalition - et 59 % se disaient d'ailleurs certains que cet attelage entre Chrétiens-Démocrates et Socio-Démocrates irait à son terme, c'est-à-dire, jusqu'en 2009. Cela dit, les Allemands ont pour habitude d'être pragmatiques et ils jugeront d'abord Angela Merkel sur ses actes. Aujourd'hui, on en est encore beaucoup au stade des intentions. Sur le plan intérieur, on peut encore difficilement se faire une opinion de ce que sera le mandat d'Angela Merkel. En revanche, ses récents voyages en France, en Grande-Bretagne ou plus récemment en Pologne, permettent de mieux la situer. Le plus urgent pour Angela Merkel, c'est de trouver son style. Elle doit, autant que possible, se démarquer sur ce point de Gerhard Schröder. Alors elle compte sur ses apparitions sur la scène internationale pour y parvenir. Et le contexte actuel, la sert et la déssert à la fois. L'affaire, par exemple, de l'enlèvement de cette archéologue allemande de 43 ans en Irak, la semaine dernière, lui a permis de tenir un langage de fermeté, à propos de la lutte contre le terrorisme. Angela Merkel a compris que cet évènement avait touché ses concitoyens, et qu'elle devait adopter la posture du " chef qui rassure " en quelque sorte. Mais le contexte actuel la déssert aussi, dans la mesure où elle souhaite opérer un rapprochement " en douceur " avec les USA, après les tensions nées de la crise irakienne, et l'opposition de Gerhard Schröder à l'intervention américaine. Or ce rapprochement est actuellement très perturbé par l'affaire des vols secrets de la CIA. De la même façon, quand on évoque la relation franco-allemande, et la volonté d'Angela Merkel de la " revisiter ", elle doit ménager son partenaire actuel, en l'occurence Jacques Chirac, peut-être en attendant mieux. A ce sujet, l'opinion d'Henrik Utterwede, le directeur-adjoint de l'Institut Franco-Allemand de Ludwigsburg près de Stuttgart (interview). Enfin, il y a un aspect qu'il ne faut pas perdre de vue quand on évoque les débuts d'Angela Merkel au pouvoir. C'est l'obligation qui lui est faite, dès qu'un sujet sensible se présente, de consulter les représentants socio-démocrates de son gouvernement. Cette démarche de synthèse, voire de consensus, peut ralentir les mouvements d'Angela Merkel. Elle peut aussi, une fois les compromis trouvés, la renforcer. Un dossier de Claude Bruillot, correspondant permanent à Berlin en Allemagne.

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