Léa a réussi à échapper au recrutement des djihadistes
Léa a réussi à échapper au recrutement des djihadistes © Radio France /

TÉMOIGNAGE | Depuis plusieurs mois, Léa (prénom modifié) est prise en charge par le centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’Islam, une association fondée par l’anthropologue Dounia Bouzar. Pour Secrets d'Info sur France Inter, elle raconte son recrutement, au fil des jours, via Facebook, pour partir un jour en Syrie.

Au début de l’année 2014, l’adolescente a été recrutée sur Facebook par des djihadistes qui lui proposent de l’envoyer en Syrie. Ses correspondants lui promettent que sur place elle mènera une mission humanitaire , qu’elle pourra sauver des enfants de la guerre, et qu’elle deviendra "une bonne musulmane". En quelques semaines, Léa est endoctrinée. Elle se coupe de son milieu familial, elle ne regarde plus les informations. Elle s’isole totalement.

Un matin, une voiture l’attend devant son collège pour l’emmener en Turquie. Là-bas, elle doit rencontrer un islamiste radical, lui faire un enfant, fonder une famille et le rejoindre après en Syrie. Mais la jeune fille rate de quelques minutes le rendez-vous. Comme les autorités ont été informées de son projet, l’adolescente comprend qu’elle ne pourra plus quitter la France. Sur Facebook, puis directement par téléphone, ses interlocuteurs lui demandent alors d’inciter d’autres jeunes au départ et de commettre des attentats en France "contre les juifs" .

Interpellée par la DGSI, Léa est ensuite placée sous contrôle judiciaire. Aidée par les membres de l’association de Dounia Bouzar, l’adolescente comprend peu à peu qu’elle a été piégée, qu’elle s’est fait endoctriner. Séance après séance, elle se confie un peu plus.Un témoignage recueilli par Jacques Monin.

► ► ► ALLER PLUS LOIN | Le témoignage intégral en vidéo de Léa

Celle qui est partie

À Avignon, Fouad El Bathi a vu partir sa sœur, une jeune fille du même âge que Léa. Elle rêvait de devenir médecin et elle a cru, elle aussi, pouvoir faire de l’humanitaire en Syrie. Mais elle a très vite déchanté. Lors d’une conversation téléphonique, elle craque et raconte à son frère la réalité de sa vie sur place .

Pour son frère, c'est le seul moment où elle ne se contentait pas de répéter ce qu'on lui soufflait

Après ce coup de fil, Fouad El Bathi est parti lui-même en Syrie. Il a pu rencontrer sa sœur durant une demi-heure, mais n’a pas pu la ramener. Aujourd’hui, il est convaincu que sa sœur est retenue prisonnière .

Il y aurait actuellement un peu plus de 90 françaises en Syrie. À ce jour, aucune n’est jamais rentrée.

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Dounia Bouzar est l'auteur de Ils cherchent le paradis, ils ont trouvé l'enfer (oct. 2014, Les Editions de l'Atelier) et Désamorcer l'islam radical (janvier 2014, Les Editions de l'Atelier)

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