Depuis le 1er janvier, les gendarmes ne sont plus rattachés au ministère de la Défense et ont rejoint leurs collègues policiers au ministère de l'Intérieur. Ils sont logés à la même enseigne ou presque, parce qu'il reste, entre eux, de grandes différences qui inquiètent. Portrait croisé de ces frères, trop souvent ennemis, aujourd’hui sous la même tutelle. Benoît Plancke, 42 ans, est brigadier chef au commissariat d'Elancourt, près de Paris. Il habite un petit pavillon à 3 minutes du commissariat (interview). En face, le gendarme témoigne anonymement, nous donne rendez-vous dans un camp militaire. Il prend des risques en nous parlant. Il reste militaire. Il avance donc prudemment (interview). Ce gendarme appartient à une association qui a créé un forum internet. L'idée, c'est de donner une voie à la grande muette, parce que même si certains sont déjà descendus dans la rue, les gendarmes n'ont pas le droit de revendiquer (interview). Benoît Plancke, lui, peut s'exprimer et défiler dans la rue. Il appartient à un syndicat. Dans la police, les organisations syndicales sont puissantes (interview). Sans tabou, Benoît Plancke dit qu'il gagne entre 2700 et 2800 euros par mois, toutes primes confondues, après 17 ans de carrière. Notre gendarme dit qu'il gagne à peu près la même chose après 27 ans de services. Les deux ont pratiquement le même nombre de jours de vacances. Ils peuvent partir tous les deux à la retraite après 37 ans et demi de cotisations. La grosse différence, disent les gendarmes, c'est la gestion du temps de travail, puisque les gendarmes n'ont pas d'horaires. Autre différence : les armes. Policiers et gendarmes ont tous les deux le SIG SAUER, mais pas la même doctrine d'emploi (interview). Plus la réforme avance, plus la tension grandit. Chacun dénonce et revendique. L'affaire a tout du mariage forcé et il y a encore beaucoup de chemin à faire, quand on écoute le policier et le militaire (interview). Cette réforme crée un statut hybride. Les gendarmes restent des militaires, mais ils sont gérés par les civils du ministère de l'Intérieur. Leur patron deviendra le préfet pour la sécurité publique. Le texte a déjà été voté par le Sénat. Il doit mainteant passer en deuxième lecture devant l'Assemblée. Un reportage d’Etienne Monin.

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