A partir d'aujourd'hui, les 60.000 détenus français vont, pour la première fois, être consultés sur leurs conditions de vie en prison, et ceci grâce à un questionnaire. Toutes les professions ayant trait à la prison sont appelées à répondre, surveillants, médecins, psychiatres, magistats, avocats. L'initiative de cette grande consultation ne revient pas à l'administration pénitentaire. C'est une association militante, l'OIP, l'Observatoire International des Prisons, épaulé par Robert Badinter, qui en est à l'origine. C'est un questionnaire de 10 pages, découpé en différents chapitres. La vie quotidienne en prison, l'accès aux soins médicaux, le quartier disciplinaire autrement dit le mitard, ou encore la préparation à la sortie. Et pour chaque thème, le questionnaire propose des actions susceptibles d'améliorer la situation. Sébastien Laugénie a soumis ce questionnaire à un ancien prisonnier, à un surveillant et à un médecin. L’ancien détenu a répondu en partie au questionnaire. Il a passé 9 ans dans plusieurs prisons françaises. Et il a coché la proposition suivante : "Acheter des produits de cantine à un prix comparable à l'extérieur". Explications (interview). Le questionnaire est très concret. Un autre exemple : le travail en prison. L’ancien détenu interrogé, propose aussi qu'on soit payé de la même façon en prison qu'à l'extérieur (interview). La prison échappe en partie au code du travail puisqu'il n'existe là bas aucun contrat de travail. Et donc aucune prise en charge en cas d'accident du travail. Le questionnaire a ensuite été soumis à un surveillant pénitentaire. Lui c'est la surpopulation pénale qui le préoccupe. Il faut savoir qu'après une longue baisse, la population carcérale n'a pas cessé d'augmenter depuis 2001. Il y a à ce jour près de 60.000 personnes derrière les barreaux. Et le taux d'occupation moyen est de 113 %. Certains établissements atteignant 200%. Edouard subit de plein fouet cette situation. Il est surveillant de prison depuis 12 ans. Lui aussi pourra répondre au questionnaire (interview). Un autre thème du questionnaire de l'OIP : la santé des détenus. Le constat est alarmant. C'est ce que dit le médecin de la prison de Château Thierry, Philippe Griguère. D'après lui, il y a 7 fois plus d'hépathite C en prison qu'à l'extérieur, 5 fois plus de Sida, 7 fois plus de suicide. Or, il devient de plus en plus difficile de bien se faire soigner quand on est en prison. Car il devient de plus en plus difficile d'aller à l'hôpital, escorté. Philippe Griguère est médecin de la prison de Chateau Thierry (interview). Que va devenir ce questionnaire? Les prisonniers ont jusqu'au 31 juillet pour y répondre. Ensuite il sera dépouillé puis analysé par l'institut de sondage BVA. Le but final, c'est que toutes ces réponses servent de base à un grand projet de réforme, qui sera soumis à tous les candidats à la présidentielle. A eux de se positionner. Il serait temps. Cela fait plus de 6 ans que le livre de Véronique Vasseur sur la prison de la Santé est sorti. A l'époque, le Sénat avait publié un rapport accablant de 800 pages, tombé dans l'oubli. Un dossier de Sébastien Laugénie.

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