Dans la bande de Gaza, la population vit sous cloche depuis que l'Egypte et Israël ont décidé de fermer les frontières, après l'arrivée au pouvoir du Hamas.

La bande de Gaza abrite aujourd'hui deux millions d'habitants, qui vivent confinés dans cette zone de 40 km de long sur 12k m de large
La bande de Gaza abrite aujourd'hui deux millions d'habitants, qui vivent confinés dans cette zone de 40 km de long sur 12k m de large © Radio France / Mathilde Dehimi

La bande de Gaza : une zone de 40 km de long, 12 km de large et qui abrite près de 2 millions d'habitants. Des habitants sous cloche dans cette étroite bande, depuis qu'Israël puis l'Egypte ont décidé de fermer les passages après la victoire aux élections du parti islamiste Hamas : c'était il y a dix ans.

Ces derniers mois, la plupart des tunnels creusés vers l'Egypte ont été fermés. Les permis de sortie vers Israël et la Cisjordanie sont de plus en plus durs à obtenir, notamment pour les malades du cancer.

Mahmoud, justement, souffre d'un cancer de la gorge et doit poser un petit micro sur ses cordes vocales pour parler. Il raconte ainsi les cinq demandes de sorties restées sans réponse, alors qu'il ne peut plus se faire soigner à Gaza. Désespéré, il s'est tourné vers le Centre Palestinien des Droits de l'Homme, où des avocats vont tenter d'infléchir la décision des Israéliens.

Dans la bande de Gaza, les restrictions par mesure de sécurité sont telles qu'un tiers des médicaments courants manque
Dans la bande de Gaza, les restrictions par mesure de sécurité sont telles qu'un tiers des médicaments courants manque © Radio France

Dans ce même bureau, Hanna, 5 ans, a peur : elle a raté ses derniers rendez-vous pour une radiothérapie dans un hôpital cisjordanien. Sa santé se dégrade et elle craint une troisième opération pour une tumeur au cerveau : "J'attends toujours l'autorisation de sortir, tout est prêt mais je ne peux rien faire. Je me sens tout le temps sous pression, j'ai mal à la tête. La maladie se propage. Si je n'ai pas de radiothérapie, ça va empirer". Hanna sait que, si elle ne part pas, elle mourra.

Les responsables d'un centre de santé de Khan Younes qui vient d'ouvrir une salle de première urgence grâce à Médecins du Monde
Les responsables d'un centre de santé de Khan Younes qui vient d'ouvrir une salle de première urgence grâce à Médecins du Monde © Radio France

Israël a validé la moitié des permis médicaux gazaouis l'an dernier. Beaucoup de rejets "par mesure de sécurité", justifient les services de renseignements : le Shin Beth dit avoir arrêté deux soeurs malades, dont l'une transportait un liquide pouvant servir à la fabrication d'explosifs. Des mesures de plus en plus strictes qui inquiètent le Dr Ahmed Abou Tir de Médecins du Monde, alors qu'un tiers des médicaments courants manque. Tout a empiré, dit-il, depuis la dernière guerre il y a trois ans : le nombre de cancers, d'avortements et de suicides.

 Le tramadol puissant anti douleurs est utilisé comme drogue dans toutes les couches de la société
Le tramadol puissant anti douleurs est utilisé comme drogue dans toutes les couches de la société © Radio France

Les gazaouis souffrent aussi des luttes intestines entre le Fatah et le Hamas. Par exemple, depuis deux mois, il n'y a plus que quatre heures d'électricité par jour. Et autre conséquence de cette bataille politique, les salaires des fonctionnaires ont baissé de moitié : beaucoup se sentent inutiles et dépriment. Ajoutez à cela 44% de la population au chômage, les permis de sortie hors raisons médicales sont rares.

Salim habite avec sa famille à Khan Younes dans le quartier des réfugiés palestiniens. Il souffre comme ses voisins du manque de nourriture et d'électricité qui est coupée 20 h par jour depuis deux mois.
Salim habite avec sa famille à Khan Younes dans le quartier des réfugiés palestiniens. Il souffre comme ses voisins du manque de nourriture et d'électricité qui est coupée 20 h par jour depuis deux mois. © Radio France
Le taux de chômage est le plus important au monde, 44%. Beaucoup de jeunes font des études avant de se rabattre sur de petits boulots
Le taux de chômage est le plus important au monde, 44%. Beaucoup de jeunes font des études avant de se rabattre sur de petits boulots © Radio France

Gaza étouffe raconte Ossama, psychologue à Médecins du Monde : "La frustration permanente, le stress, l'anxiété constante conduisent à des comportements nocifs et à des addictions aux médicaments. Dans son dernier rapport, l'Organisation Mondiale de la Santé parle de 100.000 personnes dépendantes au Tramadol, un puissant anti-douleur. Donc si on parle de 100.000 dépendants, il y a au moins le même nombre qui prennent ce médicament sans en être dépendants. C'est de pire en pire, c'est une prison".

Il nous faut une issue, on a besoin de sentir qu'on fait encore partie du monde

Beaucoup de jeunes obtiennent des bourses pour prolonger leurs études à l'étranger. Mais la frontière égyptienne, à Rafah, au sud, ouvre de plus en plus rarement, raconte Ahmed, jeune architecte de 25 ans : "On l'appelle la porte du désespoir, pour ceux qui ne peuvent pas passer. C'est le cimetière de nos rêves, on a même créé un hashtag sur les réseaux sociaux. Mais pour ceux qui arrivent à traverser Rafah, c'est la porte du paradis".

Montasser, 24 ans, tente de résister au pessimisme ambiant et, ce, depuis la dernière guerre en 2014 où il a été alité longtemps, touché par un missile israélien à Beit Hanoun : "L'idée de rester coincé m'a encouragé à faire quelque chose, alors j'ai commencé à écrire sur un vieux portable Nokia. Une façon de trouver une histoire pour vivre". Aujourd'hui, Montasser est souvent invité à des salons du livre à l'étranger, mais il n'a jamais pu quitter la bande de Gaza.

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