Depuis 21 jours, le peuple libanais est mobilisé pour dénoncer un système politique à bout de souffle. Les citoyens ont envahi les places des principales villes, pour crier leur colère face aux dirigeants accusés de corruption et d'incompétence. Reportage dans les rues de Beyrouth, où la contestation est à un tournant.

Un jeune libanais surplombe le centre ville de Beyrouth, QG de la révolte sociale
Un jeune libanais surplombe le centre ville de Beyrouth, QG de la révolte sociale © Radio France / Aurélien Colly

Sam a 40 ans, et il fait partie de ces dizaines de milliers de libanais dans la rue depuis 21 jours, pour dénoncer un système politique à bout de souffle, hérité de la guerre civile des années 1980. Avec des partis confessionnels minés par le clientélisme, un État qui a la troisième dette publique au monde et reste incapable d’offrir les services élémentaires - comme l’eau et l’électricité : 

Les gens ici payent deux factures d’électricité, deux factures d’eau, les infrastructures du pays chutent, il y a la corruption, il y a les inégalités… il ne faut surtout pas lâcher puisque c’est le seul moyen.

L'économie du pays est en récession, avec un chômage endémique et une livre libanaise au bord de l’effondrement. À travers le territoire, quasiment plus de barrages ou de routes coupées depuis hier, dans Beyrouth et les grandes villes, avec l'intervention des forces de l’ordre pour rouvrir partout la circulation, sans heurts avec les manifestants.

Les blocages ne sont pas revenus, ni dans la journée, ni dans la soirée, et la foule des premiers jours non plus. Au 20e jour de mobilisation, le pays ne peut pas rester paralysé et les modes d’actions doivent changer comme l'estime Adi, la cinquantaine, avec son t-shirt siglé "résistance civile" : 

Qu'ont fait tous les partis au Liban? Rien. Et ils ont tout pris

Résultat : des manifestations-éclair depuis lundi, devant les sièges de la banque centrale et des grands opérateurs téléphoniques, devant le ministère de l’électricité - mais aussi sur la luxueuse marina de Beyrouth, celle de la famille du premier ministre, Saad Hariri, qui a démissionné la semaine dernière mais expédie encore les affaires courantes. "Tout ce qui représente la déliquescence de l’État et les abus de la classe politique", résume Adi.

Un mouvement au-delà des communautés religieuses

Appauvrissement, creusement des inégalités, économie atone, État inefficace et politiques qui se partagent le gâteau depuis 30 ans et la fin de la guerre civile : voilà le terreau de cette contestation sociale, de ce ras-le-bol, que les Libanais appellent déjà "révolution ". Parce que pour la première fois, elle dépasse les appartenances religieuses et communautaires.

Mais face à la pression de la rue, les partis traditionnels et leur chef ne sont pas encore prêts de lâcher, eux qui tentent de reprendre le contrôle dans leurs rangs, tantôt en épousant les revendications citoyennes, tantôt en envoyant des milices casser du manifestant, tantôt en mobilisant leurs fidèles pour des contre-manifestations. C’est le bras de fer qui se joue en ce moment, selon Imad : 

Même s’ils n’ont pas l’air de s’entendre en public, ils se partagent tout sous la table…

"Ils essayent maintenant de contrôler, de calmer le jeu, mais je ne crois pas que ça va marcher, c’est plutôt une pause dans la mobilisation, en attendant de voir ce qu’ils font avec le gouvernement". Car la rue libanaise, qui a déjà obtenu la démission du premier ministre Saad Hariri la semaine dernière, attend maintenant un gouvernement de techniciens, sans représentation partisane pour des réformes urgentes, avant une nouvelle loi électorale et des législatives anticipées. 

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