UVF, 3 lettres pour décrire une petite révolution très attendue dans les prisons françaises. Cela signifie Unité de Visite Familiale. Les UVF sont de petits appartements qui permettent désormais à certains détenus d'accueillir pendant 3 jours maximum leur famille, leur compagnon, ou leurs enfants. L'expérience a été tentée pendant 3 ans dans 2 centres pénitentiaires. Elle a été concluante puisque Pascal Clément, le garde des Sceaux, a décidé d'étendre le dispositif à 4 autres prisons cette année. Il était temps, la France avait pris un retard considérable dans ce domaine. Elle fait vraiment figure de lanterne rouge. Les Unités Familiales, cela existe depuis 20 ans en Espagne, depuis 25 ans au Québec, dans tous les pays scandinaves, ou encore en Moldavie. En France, on a d'abord empilé les rapports. Le premier date de 1984, sous Robert Badinter. Cela fait maintenant 3 ans que la France s'est enfin doté d'UVF. Le premier établissement pilote est une prison pour femmes, la prison de Rennes. Visite express dans cette prison en compagnie de Brigitte Marchand, surveillante (interview). A Rennes, en 3 ans, il y a eu environ 200 visites organisées. Mais toutes les détenues n'y ont pas droit. Il faut être condamné définitivement et ne pas bénéficier de permissions de sortie. Un tiers des détenues environ sont concernées. "Trop peu" estime l'Observatoire International des Prisons. L'association militante trouve trop restreint les critères d'accès et s'étonne que les détenus prévenus en soient privés. Les prévenus qui sont pourtant en attente de leur procès, présumé innocents. Quand on y a droit, les visites commencent toujours par une session de 6 heures, puis c'est 24 h, 48 h, et enfin 72 heures. A chaque fois, c'est à la détenue d'organiser son séjour. Elle doit acheter la nourriture. Faire les repas, nettoyer l'UVF. Des tâches du quotidien que les détenues ont souvent oubliées. Bref, cela n'a plus rien à voir avec des parloirs classiques. C'est ce que nous dit Malika, elle purge une peine de 15 ans de réclusion (interview). Les UVF permettent donc, on l'entend, de préserver les liens familiaux. Mais pas seulement. Parfois au contraire les familles explosent. Ou encore les détenus s'inventent d'autres relations, en prison. Prenons l'exemple de ces enfants qui ont rendu visite à leur mère. Rencontre pénible. Ils n'ont plus souhaité la revoir par la suite. Il y a aussi des maris qui préfèrent se séparer de leur femmes. Dans tous les cas, ces ruptures, même difficiles, permettent aux détenus de savoir à quoi s'en tenir, de mieux préparer leur sortie de prison. Et puis, on voit enfin des femmes qui, elles, refont leur vie, en prison, grâce aux UVF. C'est ce qui se passe pour une détenue de Rennes, qui avait tué son mari. Une histoire que nous raconte la directrice adjointe de la prison, Mme Nicolay (interview). Reconnaître le droit à une sexualité digne en prison, là aussi il était temps. Il faut savoir qu'aujourd'hui encore les attouchements aux parloirs peuvent être sévèrement sanctionnés. 30 jours de quartier disciplinaire en théorie. C'est pourtant encore la seule sexualité possible pour la majorité des détenus. A ce jour, il n'existe que 7 UVF en France sur 60 établissements pour peine. Un dossier de Sébastien Laugénie, spécialiste des questions police-justice à France Inter.

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