Les Etats-Unis sont le pays le plus touchés par le Covid : presque 15 millions de cas, près de 280 000 morts, dont 3 000 rien que jeudi dernier… Et tous les États sont touchés : reportage avec des soignants de l'hôpital de Providence, dans l'État de Rhode Island.

À l'extérieur de l'hôputal de Providence, dans l'État de Rhode Island
À l'extérieur de l'hôputal de Providence, dans l'État de Rhode Island © Radio France / Sébastien Paour

"Décembre, janvier et févier vont être très durs… En fait, je pense que ce sera la période la plus difficile de l’histoire de notre pays en matière de santé publique."

Celui qui disait ça, mercredi dernier, c’est le directeur de l’Agence américaine de santé publique, Robert Redfield… La nouvelle vague n’épargne presque aucun État, et les services de soins sont en tension presque partout, avec au total plus de 100 000 personnes hospitalisées. Le Rhode Island a même ouvert deux hôpitaux de campagne il y a une semaine, dont celui de Providence.

Les soldats de la Garde Nationale font la circulation, leur 4x4 blindé posté à l’entrée du parking du Centre de Convention. On vient se faire tester au volant en sous-sol, et à l’étage, 600 lits attendent les malades du Covid, pour soulager les structures de la ville.

L'intérieur de l'hôpital de campagne installé en avril dernier, et rouvert depuis quelques jours pour faire face à l'afflux de malades
L'intérieur de l'hôpital de campagne installé en avril dernier, et rouvert depuis quelques jours pour faire face à l'afflux de malades © Radio France

C’est le docteur Selim Suner qui dirige l’équipe médicale de l’hôpital de campagne, prêt depuis la première vague en avril, mais ouvert depuis lundi dernier, parce que la courbe remonte dangereusement… "C'est pire qu'au printemps. Nous avons déjà battu les records que nous avions établis pour les personnes atteintes de Covid dans l'État…   À la fois pour celles qui sont testées positives, et pour les personnes hospitalisées. Le Rhode-Island, pour ceux d'entre vous qui ne le savent pas, est le plus petit État des États-Unis… Et il n'a pas encore atteint son maximum ! Les chiffres augmentent chaque jour."

Pessimisme à l'approche des fêtes de fin d'année

400 personnes hospitalisées aujourd’hui dans le Rhode Island : le record de mai, 352, est dépassé… La faute notamment à la première fête de la saison, Thanksgiving, d’après la directrice administrative de l’hôpital, Cathy Duquette.

"Notre gouverneure a donné l'ordre, essentiellement depuis lundi, de faire une pause. Ça veut dire que les gens doivent rester chez eux. Travailler à domicile. Personne ne peut venir chez vous, sauf votre famille proche. On ne voit rien pour l’instant, mais on espère que les citoyens du Rhode Island se conformeront aux ordres de notre gouverneure."

Elle voudrait être optimiste, mais Noël et le Nouvel An approchent… Les gens vont se déplacer pour se voir, la courbe des cas va encore grimper plusieurs semaines.

Pour l’instant, une trentaine de patients sont traités ici, ce qui permet aux hôpitaux de continuer de fonctionner. Mais l’infirmier Adam Rodjek, qui vient nous voir en blouse bras nus malgré le froid, redoute une nouvelle vague plus éprouvante que celle du printemps. "C'est encore autre chose, je ne trouve même pas les mots… On vous demande des trucs que vous ne pouvez même pas imaginer : les infirmiers, on veut toucher, on compatit, on veut vous embrasser... Et devoir respecter cette distance, ça rend la tâche très difficile, ce n'est pas dans notre nature ! Il y a quelques patients, vous savez, pour qui j'ai dû tenir l'iPad pendant qu'ils disaient au revoir à leur famille, et ce n'est pas quelque chose que je pensais avoir à subir. C'était dur..."

"La mort sera partout où vous irez"

Lui vient de sortir sur ses deux jambes du Centre de Convention : Sam, 75 ans, une opération à cœur ouvert en mars, puis positif au Covid. Un malaise et des difficultés à respirer, et il a passé trois jours aux urgences, dont deux ici.

Aujourd'hui, il se sent mieux mais préfère nous parler au téléphone de chez lui, pour ne prendre aucun risque… Il est en colère contre ceux qui refusent de prendre l’épidémie au sérieux.

"Aller au restaurant, au bar, mais enfin ! Si les gens continuent à mourir, vous n'aurez plus d'économie à faire vivre. Cette maladie, d’après les nouvelles, c’est la première cause de mortalité. Il n’y aura bientôt plus que des gens malades au Rhode Island... La mort sera partout où vous irez."

"C’est l’Amérique", rappelle le docteur Suner. "Chacun veut faire ce qu’il veut…" Il espère que le changement de président redonnera du crédit aux soignants… "Je ne peux pas imaginer quelqu’un de pire que Trump, mais c’est mon point de vue."

Il dit aussi qu’il y a de l’espoir avec l’arrivée des vaccins… Et il donne rendez-vous aux Français : "Buvons du vin, après tout ça !" Trinquer pour fêter la fin de la pandémie, comme lors de son dernier voyage : c’était à Paris, il y a plus d’un an.

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