Aujourd'hui, devant le tribunal correctionnel de Paris, s'ouvre le procès de « Charlie Hebdo » pour avoir publié, l'année dernière, des caricatures du prophète Mahomet. L'Union des organisations islamiques de France et la Grande mosquée de Paris poursuivent l'hebdomadaire pour "injure publique envers un groupe de personnes en raison de leur religion". Trois dessins sont visés : un de Cabu et deux initialement publiés dans le journal danois « Jyllands-Posten »… Jusqu'où peut aller la caricature ? Où s'arrête la liberté d'expression et où commence l'injure ? De « Charlie Hebdo » au « Canard enchaîné », de Plantu à la Une du « Monde » aux dessins de Willem dans « Libération », la caricature fait partie de notre quotidien. Les débuts de la caricature moderne remontent à la Révolution française. Le genre s'est ensuite épanoui dans la presse populaire au 19ème siècle. Dès le début, la religion est dans la ligne de mire des caricaturistes. C'est ce que rappelle Bertrand Tillier, historien, spécialiste de la caricature (interview). La caricature et les réactions qu'elle suscite reflètent les tensions de la société. Ainsi, certains musulmans se sont sentis blessés par le dessin danois représentant le prophète Mahomet coiffé d'un turban en forme de bombe, ou par le dessin de Cabu montrant Mahomet en pleurs, sous le titre « Mahomet débordé par les intégristes », et s'exclamant « C'est dur d'être aimé par des cons ». Pour les croyants, cela s'appelle du blasphème, mais ce délit n'existe plus dans la loi française. La loi sur la liberté de la presse de 1881 a supprimé ce délit, ainsi que pas mal d'autres, comme l'outrage envers la République ou l'excitation à la haine du gouvernement. Depuis cette loi fondatrice, la presse jouit en France d'un régime de très grande liberté - ce qui ne veut pas dire qu'on peut publier n'importe quoi. Les précisions de Nathalie Mallet Poujol, juriste et chercheur au CNRS (interview). Et c'est dans ce cadre très précis de l'injure envers un groupe de personnes en raison de leur religion que « Charlie Hebdo » est assigné en justice. Il faut ajouter que la jurisprudence ces dernières années a été également très protectrice de la liberté d'expression. Pourtant, certains caricaturistes disent se sentir moins libres qu'il y a 20 ou 30 ans. Ce n'est pas le fait de la loi, ni des tribunaux. C'est plutôt une affaire de climat, d'air du temps. Témoignage de Cabu. Il est dans le métier depuis près d'un demi siècle (interview). Quand on lui demande s'il s'autocensure, Cabu répond dans un éclat de rire : « pas encore ». Un dossier de Corinne Audouin.

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