Direction le chantier des futures nouvelles lignes de métro du Grand Paris, où les premiers grands travaux ont commencé le week-end dernier. Des dizaines de kilomètres de tunnels à creuser pour quatre nouvelles lignes.

Une palissade indique la construction d une nouvelle station de metro dans le cadre du projet Grand Paris Express
Une palissade indique la construction d une nouvelle station de metro dans le cadre du projet Grand Paris Express © Maxppp / Vincent Isore

À quoi va ressembler le Grand Paris d'ici quelques années ? La question agite le monde politique et économique. Le versant politique, ce sont les départements d'Île-de-France menacés de dissolution dans la métropole. avec une journée de protestation des élus ce mercredi...

Et au chapitre économique, beaucoup d'interrogations sur la construction du Grand Paris express : 200 km de lignes de métro autour de la capitale et un budget qui explose.

Illustration à Champigny-sur-Marne, sur l'un des chantiers de la future ligne 15. Ici, ce sont 270 personnes qui travaillent autour de ce gigantesque tunnelier de 106 m de long, 10 m de diamètre et 1 500 tonnes... D'ici fin mars , ce véritable "train-usine" percera 12m par jour en moyenne, guidé au laser au millimètre près.

Ce tunnelier chargé de la future ligne 15 percera 12 m par jour
Ce tunnelier chargé de la future ligne 15 percera 12 m par jour © Radio France / Nasser Madji

D'ici 2020, l'entreprise Demathieu Bard aura ainsi 7 km à creuser. Mais les plus grandes entreprises de BTP (Vinci, Bouygues ou Eiffage) ont également remporté des appels d'offre (des "lots") pour près de 4 milliards d'euros, rien que pour la ligne 15.

Beaucoup d'argent à dépenser, beaucoup d'argent espéré en retour

On jongle avec les milliards avec ce projet, ce qui inquiète le gouvernement. La Cour des comptes est passée par là et pointe du doigt le doublement du coût du Grand Paris Express. On est passé de 19 milliards en 2010 à 37 milliards aujourd'hui. Le gouvernement a donc initié deux groupes de travail pour trouver des nouvelles recettes pour le financement, et un nouveau calendrier.

Mais le Grand Paris Express se fera, l'enjeu est trop important : on table sur 30 000 emplois supplémentaires d'ici 2020, rien que dans le bâtiment. Il y a aussi le développement économique induit. Cécile Collot est consultante manager pour le cabinet Katalyse, qui travaille avec la société du grand Paris "l'ambition, c'est d'apporter un vrai nouveau souffle à l'économie francilienne. _D'ici 2030, c'est 115.000 à 315.000 emplois en Île-de-France, soit deux points de PIB supplémentaires._"

Un "projet idéologique" et pharaonique ?

37 milliards d'euros, 68 gares, 170 km de tunnel, pour quatre nouvelles lignes automatiques. Est-ce qu'on ne pouvait pas faire autrement ? C'est la question que s'est posée un cercle de réflexion, le "Cercle des transports", un think tank composé d'anciens hauts fonctionnaires ou dirigeants d'entreprise de haut niveau. Ils préconisaient dès 2014, dans un rapport passé inaperçu, de favoriser plutôt l'amélioration du réseau ferré existant.

Co-auteur de l'étude, Jean-Noël Chapulut, ingénieur en économie des transports, dénonce "un projet idéologique". "On s'est dit : 'ah, on va faire un métro comme ça et tous nos problèmes vont être résolus'. Quand vous pensez que sur le RER B, qui dessert les deux aéroports, le centre de Paris, beaucoup de sites olympiques, y'a des caténaires qui mettent le RER en panne, c'est invraisemblable. On a sous-estimé les besoins de fonctionnement, de réparation, d'entretien de ce réseau."

C'est sûrement ça le prestige à la Française : un grand projet mais pas d'argent pour le financer.

La priorité va désormais être la construction des "lignes stratégiques pour les Jeux olympiques". Et pour libérer des ressources fiscales, Valérie Pécresse, la présidente de la région Ile de France a eu une idée lumineuse : payer une partie de notre "supermétro" en taxant les touristes étrangers. Il fallait y penser.

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