À cause de la drogue, de l'alcool, ces hommes ont fait de la prison pour vols ou violence. Aujourd'hui ils veulent s'en sortir et ne pas retourner en détention. Le tribunal de Bobigny leur propose un programme thérapeutique intensif pilote, unique en France. Reportage à Gagny, en Seine-Saint-Denis, dans le CSAPA.

À cause de la drogue, de l'alcool, ces hommes ont fait de la prison pour vols, violence… Aujourd'hui ils veulent s'en sortir
À cause de la drogue, de l'alcool, ces hommes ont fait de la prison pour vols, violence… Aujourd'hui ils veulent s'en sortir © Getty / Sylwia Klatka / EyeEm

"Nous sommes dans le foyer résidentiel du CSAPA, le centre de soins et d'accompagnement en addictologie nous explique Marc, l'éducateur. "Les participants au programme font leur phase de stabilisation de trois semaines". 

Didier a connu la prison à cause de ses problèmes d'addiction, pour ne pas y retourner, il suit ce programme ici, au centre, où il va résider entre six mois et un an, comme dix autres volontaires : "J'étais consommateur de crack, ça m'a fait beaucoup de déboires. On tombe au plus bas. Ce que je regrette le plus c'est que ça m'a désocialisé. J'ai voulu m'éloigner de ma famille pour ne pas leur faire subir ça. C'est quelque chose que j'ai, une souffrance. J'en ai fait le tour, il fallait que ça change. Pour pouvoir profiter au mieux de ce programme, il faut être soi-même décidé. Il faut le vouloir. Non, je ne consomme plus du tout. Pour y arriver c'est la volonté et les gens autour de soi."

Vous savez, l'addiction c'est un combat à vie. La faiblesse sera toujours là malheureusement. Il faudra toujours lutter contre

Didier, lui,  n'a pas eu besoin de médicament pour arrêter. Mais quel que soit le produit consommé, drogue ou alcool, il n'y a pas de règle d'abstinence totale, à chacun son temps et sa méthode.

Valentine de la Nouvelle est conseillère pénitentiaire d'insertion, c'est en effet la justice qui choisit les candidats à ce programme et qui suit leur parcours : "Souvent les gens ont des lourds passés de consommation, ce sont des gens qui commencent souvent à consommer très très tôt, parfois 10, 11, 12 ans. Nous on n'est pas là pour imposer un sevrage et la non consommation. Certains participants vont choisir plutôt de travailler sur comment consommer autrement, moins évidemment, être moins violent, comment savoir s'arrêter. Mais on y va progressivement et ce n'est pas nous qui fixons les propres objectifs des personnes."

Au centre, il y a aussi Youssef. Il a été longtemps consommateur d'héroïne, il s'en sortait, puis replongeait, car livré à lui-même. En prison on lui a proposé de tenter ce programme. Cette fois, il est soutenu : 6 heures d'activités, entretien, sport. Pas de temps mort. "Il y a la piscine par exemple, on y va une fois par semaine, puis on va courir autour d'un lac, franchement ça fait du bien. C'est une autre façon d'approcher son corps et de dialoguer avec soi. Le psychologue lui nous écoute. Ça m'aide, ça met de la distance ce qui n'est pas évident. Quand on a la gueule dans le guidon et qu'on consomme, la première chose qu'on a du mal à mettre en place c'est de mettre de la distance. De voir un psychologue, ça permet de mettre des mots par rapport à tout ce qu'on fait et d'avoir un œil critique sur soi. C'est comme ça qu'on grandit."

Certains parfois re-consomment

On ne parle pas de rechute ici. Noémie, l'infirmière, écoute et conseille : "On a des entretiens avec eux, on en discute, on essaie de voir s'ils ont consommé et pourquoi ils l'ont fait. Ça peut être l'alcool, ça peut être le crack, ça peut être la cocaïne. Médicalement nous disposons de traitements de substitution aux opiacés : on a la méthadone et la buprénorphine, et, du coup, tous ceux qui sont sous traitement de substitution viennent le prendre le matin avec moi. Il y a d'autres traitements. S'ils ont une ordonnance en sortant de détention on poursuit cette ordonnance-là."

Après quelques semaines, Youssef a pris beaucoup de recul sur sa consommation : "Je considère que les produits n'ont que le pouvoir qu'on leur donne. En fait c'est nous qui leur donnons l'importance. Il n'y a qu'un but : c'est justement le rétablissement, c'est de ne pas retourner en prison et de ne pas finir par retomber dans l'addiction. C'est la condition sine qua non pour m'en sortir."

Dans quelques jours, Youssef ira voir le juge, comme il le fait tous les mois, pour faire le point. Des soins plutôt que la prison, une dernière chance qu'il s'est juré de ne pas laisser passer.

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.