Centre pénitentiaire de Fleury-Merogis
Centre pénitentiaire de Fleury-Merogis © MaxPPP

C'est une mini-révolution. Depuis l'année 2000, députés et sénateurs ont accès à tous les établissements pénitentiaires, quand ils le souhaitent. Avec la loi sur la presse promulguée en avril dernier, les journalistes ont désormais le droit de les accompagner. Corinne Audouin a suivi le député socialiste Dominique Raimbourg, dans le plus grand quartier pour mineurs de France, à Fleury-Mérogis, dans l'Essonne.

C'est un matin d'été, juste avant la canicule. Député de la Loire-Atlantique, Dominique Raimbourg est spécialiste des questions pénales et pénitentiaires. Au sein de Fleury-Mérogis, la plus grande prison d'Europe, avec ses 4000 détenus, se trouve le Centre des jeunes détenus (CJD). 360 jeunes, dont 80 mineurs, de 13 à 18 ans. Les détenus mineurs sont la population carcérale la plus sensible. Alors le député a préféré prévenir de notre venue. Nous sommes accueillis par la directrice du CJD, Evelyne Le Cloirec.

C’est un public difficile. On est sur le qui-vive toute la journée. Ils peuvent être très calmes et puis ça part d’un coup dans tous les sens. Déjà, il faut qu’ils s’approprient la détention, il faut leur donner un sens : pourquoi la prison. Et après, on peut travailler sur la sortie, sur les faits etc. Et éviter qu’ils reviennent. C’est très vivant ! Gérer 80 mineurs ? Oui, c’est un exploit quotidien ! Dans un éclat de rire, Evelyne Le Cloirec prévient qu'on risque quelques insultes et projections, en traversant la cour d'honneur, pour rejoindre le troisième étage, celui des mineurs.

On nous ouvre une cellule. Son occupant, un jeune de 16 ans qui en paraît 14, passe devant nous, le regard insistant. Comme c'est la règle, nous ne pouvons pas interviewer les détenus mineurs. Alors on regarde ces quatre murs graffités, cette fenêtre au grillage défoncé, qui permet le passage d'objets divers entre les étages, par le système du "yoyo". Certains échangent même leur poste de télévision !

Désordre, restes de nourriture, draps à la propreté douteuse… C'est le détenu qui doit entretenir sa cellule, explique le chef de la détention du CJD, Ahmed Hirti.

On distribue des kits-hygiène une fois par semaine, donc ils s’autogèrent. Les sanitaires ne sont pas cloisonnés, et c’est ça que les mineurs dégradent en premier, et ensuite la télévision. Ce sont les deux objets les plus vandalisés dans les cellules.

Le bâtiment, construit en 1968, n'aide pas à une bonne gestion des tensions. Un seul escalier dessert les quatre étages. Mais les mineurs ne doivent pas croiser les majeurs qui logent au 1er, au 2e et au 4e. Un vrai casse-tête pour organiser les promenades.

Face à cette violence souvent explosive, l'expérience et la patience sont un plus, explique le surveillant responsable du quartier mineurs, Mohamed Koceir.

Les mineurs, c’est spécial ! J’ai des enfants qui ont leur âge, donc j’ai pas trop de difficulté à entrer en contact avec eux, à dialoguer, à essayer de leur faire entendre raison. Le surveillant fait aussi un travail éducatif, comme le fait de dire "bonjour", le matin… c’est important. C’est vrai que certains, au départ, ont du mal, et puis on les y amène petit à petit.

Les surveillants travaillent avec les éducateurs de la protection judiciaire de la jeunesse, et aussi avec l'Éducation Nationale. Nathalie Austin est la responsable du centre scolaire, elle coordonne 16 enseignants, de tous niveaux, du primaire au bac.

J’ai beaucoup travaillé en zone d’éducation prioritaire (ZEP), où on se retrouve en collège avec des classes de 30 élèves pas toujours simples à gérer. Ici, on a six élèves maximum. On peut vraiment individualiser le parcours de formation . On a des élèves qui s’accrochent, qui raccrochent… Certains mineurs isolés étrangers se mettent dans un parcours de formation en français, langue étrangère. Je suis arrivée à la rentrée dernière, et là j’ai signé définitivement, je me trouve tout à fait à ma place.

Le député socialiste Dominique Raimbourg devant le centre de détention de Fleury-Mérogis
Le député socialiste Dominique Raimbourg devant le centre de détention de Fleury-Mérogis © Corinne Audouin

Le quartier mineurs va déménager début 2016 dans une aile rénovée, avec une vraie séparation entre mineurs et majeurs. En attendant, la période la plus difficile commence, l'été, entre inactivité et chaleur. Devant la prison, Dominique Raimbourg dresse un bilan de la visite.

Malgré les efforts très importants du personnel,il me semble qu’il ne faut pas construire des quartiers mineurs aussi gros. 94 places de mineurs au même endroit, c’est trop. Le bâtiment est assez dégradé, assez vétuste, mais c’est mieux que ce que je croyais. Il me semble important de montrer ce qu’il y a dans les prisons, qui ne sont pas toujours des lieux épouvantables, mais ce ne sont pas non plus des hôtels 4 étoiles. La réalité est complexe !

Et le député d'encourager ses collègues parlementaires à aller pousser les portes de toutes les prisons .

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