Des habitants se recueillent sur le site de la tuerie de San Bernardino, le 6 décembre 2015
Des habitants se recueillent sur le site de la tuerie de San Bernardino, le 6 décembre 2015 © MaxPPP / JIM RUYMEN

Le 2 décembre 2015, un acte terroriste marquait la campagne des primaires américaines : 14 personnes tuées par un couple radicalisé. C'est à la suite de cette attaque que Donald Trump a proposé d’interdire l’accès des USA à tous les musulmans.

Frédéric Carbonne a rencontré le compagnon d’une victime de cette attaque, voix d’apaisement dans un contexte tendu : Ryan Reyes , qui a perdu son compagnon dans la tuerie de San Bernardino et qui se définit désormais comme un activiste.

Ryan Reyes, qui a perdu son compagnon dans la tuerie de San Bernardino
Ryan Reyes, qui a perdu son compagnon dans la tuerie de San Bernardino © Radio France / Frédéric Carbonne

Son combat pour rapprocher les communautés est d’ailleurs passé par la Maison Blanche où il était l’invité de Michelle Obama au début de l’année pour le discours sur l’état de l’union. Ryan Reyes explique qu’il a tout de suite compris les risques d’amalgame. Voici le souvenir qu’il a de sa rencontre avec les représentants musulmans quelques jours après cette attaque

Quand il sont venus à la première cérémonie pour Daniel, ils sont venus et m’ont dit combien ils étaient désolés pour moi. Ils m’ont offert des fleurs, m’ont embrassé. Et je leur ai dit : c’est moi qui suis désolé, parce que maintenant c’est vous qui allez être traités différemment pour ce qui s’est passé (Ryan Reyes)

Des craintes justifiées ?

Il n’y a pas eu d’agression à San Bernardino depuis six mois, et les responsables des mosquées expliquent qu’ils n’ont pas demandé de protection policière particulière. Mais ce que décrivent certains musulmans, c’est un regard qui a évolué, une méfiance qui s’est installée. Sana Bashir raconte ainsi qu’à son travail, elle est employée fédérale, rien n’a changé avec ses collègues, mais que parfois dans la rue, elle est interpellée parce qu’elle porte le hidjab, et elle s’inquiète pour ses enfants.

C’est bien cela qui est vécu de façon la plus pénible, l’impression de devoir se justifier : «C’est pourtant naturel , dit cette femme, d’aimer son pays ».

Trois fois plus d'actes anti-musulmans depuis la tuerie de San Bernardino

Un chiffre est donné par le centre d’étude sur les manifestations de haine et d’extrémisme de l’université de San Bernardino : le quasi triplement d’incident vis-à-vis de musulmans aux Etats-Unis depuis cette attaque et les attentats de Paris. Et Brian Levin qui dirige ce département se rend compte qu’il est de plus en plus difficile de travailler sur ce sujet. «Toute cette histoire de victimisation des musulmans, c’est de la connerie, il n’y a même pas eu un mort, c’est de la propagande » : voici le genre de message qu’il reçoit sur son répondeur. Et de tels messages anonymes, Brian Levin en a reçu des centaines, comme après le 11 septembre.

Ce qui inquiète le chercheur, en fait, c’est une forme de libération de la parole, une légitimité donnée à des discours de haine. Et il considère que Donald Trump est largement responsable de cette situation

Comment dans ces conditions répondre à de tels discours ?

Ce n’est effectivement pas facile, et ça c’est Rafiq Mohamed qui nous le dit. Issu d’une famille d’origine saoudienne, il est né et a toujours vécu aux Etats-Unis et il est le doyen de la faculté de sciences sociales de San Bernardino. Et pour lui, ce qui est compliqué, c’est de s’opposer à une forme de démagogie et de cynisme.

Aujourd'hui, le discours à la Trump sur cette question fait des émules. A San Bernardino, en plus de la primaire pour la présidentielle, on vote aussi aujourd’hui pour un scrutin local : un candidat républicain y fait campagne en proposant un permis de chasse à l’extrémiste radical.

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