On a beaucoup moqué les députés "godillots" de La République En Marche... Mais c'était avant le vote de la loi 'asile' : 14 députés qui s'abstiennent, et l'un qui quitte le groupe. Vague à l'âme parisien ou début de fronde sur le terrain? France Inter est allé prendre le pouls près de Marseille, à Roquevaire.

Tractage en faveur du parti d'Emmanuel Macron à Paris lors des législatives de 2017
Tractage en faveur du parti d'Emmanuel Macron à Paris lors des législatives de 2017 © Maxppp / Paul Barlet

On est ici en plein pays de Pagnol, dans la dixième circonscription des Bouches du Rhône, où Emmanuel Macron l'a emporté d'un cheveu. Devant un étal de robes colorées, Patricia résume l'amertume générale : "J'ai voté Macron pour ne pas voter Le Pen. Un vote, pas par choix, mais par obligation. Donc à l'arrivée, y'a rien qui change, rien qui évolue, rien qui s'améliore. Moi je trouve que tout s'aggrave, malgré tout ce qu'il avait promis. Ils regardent plutôt leur assiette que celle du citoyen..."

Yves Ménard, maire communiste de Roquevaire, rappelle que "l'élection d'Emmanuel Macron, ça n'a pas été un plébiscite, quand on voit l'abstention et le nombre de voix qu'il a obtenues au bout du bout". Le député La République en Marche François-Michel Lambert, ex-écologiste qui s'est abstenu sur la loi asile, approuve : "au second tour, c'est 51 % pour Emmanuel Macron dans la circonscription..."

Pour lui, le mouvement doit de toute urgence se reconnecter avec les Français. "Ceux qu'on appelle la 'startup nation', les métropoles urbaines, ils sentent les choses. Mais il y a trois autres territoires qui commencent à se demander si on fait quelque chose pour eux : les territoires ruraux, l'outre-mer et les banlieues. Ils ne comprennent pas les politiques nationales..."

Emmanuel Macron a envoyé le message 'je veux que les jeunes aient envie de devenir milliardaires', mais ici pour les jeunes la réussite c'est de faire son projet de vie.

On trouve aussi des fans à Roquevaire, comme Fabienne, directrice d'école retraitée : "Moi je l'adore, le Macron ! Une amie m'a demandé si je me sentais nantie, je lui ai dit non, pas nantie, mais en tout cas je vis bien. Et pour le moment, ça ne me rend pas trop malheureuse de céder 40 ou 50 euros si ça permet aux jeunes qui se lèvent le matin pour travailler de gagner plus. Maintenant, si comme avec le Hollande ou d'autres, on tombait des nues, dans deux ou trois ans il partira ! Mais pour le moment j'espère qu'on va lui laisser sa chance de mener à bien son projet."

"Il me donne l'impression qu'il veut être le roi"

Autre ambiance, dans les quartiers Nord de Marseille. Porte à porte avec la député Alexandra Louis, une jeune avocate entrée en politique en 2017, un "bébé Macron". Et souvent, en face, de l'agacement voire une certaine colère. "Je juge pas, mais bon, il veut tout changer comme ça", s'indigne Sonia, mère de famille de quatre enfants, tous des têtes à l'école. La politique, elle la vit en regardant BFM-TV et Emmanuel Macron lui fait peur. "Il faut écouter, il faut qu'il s'ouvre aux autres aussi. Il faut qu'il écoute les autres. Les gens sont en grève, ils sont énervés, il faut les écouter... Faut pas dire 'non, j'ai ça, je vais faire ça', sinon il y a un problème. Il me donne l'impression qu'il veut être le roi, que c'est à nouveau la monarchie..."

Pour la jeune députée, ces réactions prouvent qu'il y a "une crainte". "À chaque fois qu'on fait des transformations, et surtout en France, les transformations font peur. C'est humain." Une explication qui, sur le terrain, ne semble pas rassurer grand-monde.

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