Comment améliorer la vie de nos seniors ? Alors que la question doit faire l'objet d'un projet de loi cet automne, une innovation commence à prendre dans plusieurs EHPAD : introduire les robots dans le quotidien des personnes âgées. Illustration dans un établissement du Nord de la France.

Les résidents de l'EHPAD et Zora, lors d'un atelier collectif
Les résidents de l'EHPAD et Zora, lors d'un atelier collectif © Radio France / Lisa Guyenne

"Bienvenue à la journaliste de France Inter", lance d'une voix mécanique le petit robot bleu et blanc d'une soixantaine de centimètres de haut. De quoi décontenancer un peu au premier abord, mais dans dans cet EHPAD haut-de-gamme de Wardrecques, à quelques kilomètres de la frontière belge, Zora est déjà devenu familier aux yeux de tous. Arrivé début janvier, il parle, chante et danse, en remuant ses bras et ses jambes, en faisant clignoter ses yeux. "Il nous fait même une démonstration de flamenco exceptionnelle", s'amuse Rémi, animateur dans cet EHPAD.  

"Nous qui nous inquiétons du futur, on voit la progression qui se fait"  

"Nous pouvons programmer chacun de ses mouvements et de ses phrases", explique Sandrine Danel, la directrice de l'établissement. Ce jour-là, une douzaine de résidents est venue participer à l'activité, qui commence par un quiz musical. Zora "chante" une chanson, et les résidents doivent reconnaître le titre. Les Champs-Élysées de Joe Dassin, La maladie d'amour de Michel Sardou... Des titres que les résidents reconnaissent facilement et entonnent, pour certains, avec un enthousiasme non feint. 

"Nous qui nous inquiétons du futur, on voit la progression qui se fait", explique Lucienne, l'une des résidentes. Au départ, elle et les autres étaient un peu méfiants : 

"On en a discuté entre nous, on était pas tout à fait sur les mêmes positions. Mais en définitive, nous sommes tous positifs. Zora nous aide bien."  

Le robot, un "auxiliaire" pour les soignants 

Car le petit robot ne fait pas que divertir en diffusant de la musique, il permet aussi de faire de l'exercice. "Je travaille la gymnastique douce, la motricité globale, la coordination avec Zora", explique Justine Lardeur-Pauchet, psychomotricienne. "Je crée une séquence de mouvements, par exemple bouger la tête, les épaules, les bras... Je laisse Zora faire les mouvements, les résidents l'imitent, et cela me permet de corriger leurs positions. Zora fonctionne comme un auxiliaire pour moi."  Et depuis le début de l'année, les progrès sont visibles, explique la directrice de l'EHPAD Sandrine Danel. "On a une dame qui s'endort lors des animations. Avec Zora, elle reste éveillée par l'interaction qu'elle a avec le petit robot." Bien sûr, il n'y a pas de miracles, mais "ce sont de petites choses, qui font que l'on détecte des attentions différentes, des comportements différents.

Parfois, lorsque la psychomotricienne seule organise des sessions d'activités sportives, les résidents ne font pas forcément les gestes. Quand c'est le petit robot qui le fait, ils miment instantanément ses gestes. - Sandrine Danel   

Les résultats sont probants mais la méfiance envers les robots demeure 

L'utilisation des robots humanoïdes auprès des seniors est loin d'être anecdotique. Sophie Sakka, enseignante-chercheuse à Nantes et chargée de mission robotique au CNRS travaille en ce moment sur un projet avec des personnes âgées atteintes d'Alzheimer, en utilisant les robots pour "apaiser leurs angoisses". "Ça marche vraiment, dans le sens où, lorsque vous avez une machine devant vous, vous n'avez plus le même rapport social qu'avec des êtres humains."  

La machine est toujours pareille, le rapport est très simplifié, et pour des personnes âgées, cela prend tout son sens. Alors qu'avec un soignant, un lien d'humain à humain se met en place et cela peut rendre l'interaction plus complexe. - Sophie Sakka.   

Faut-il s'inquiéter pour autant ? Les robots vont-il supplanter le travail humain ? Peuvent-ils devenir dangereux pour les participants ? "C'est culturel", répond Sophie Sakka. "Notre culture judéo-chrétienne induit l'idée que donner la vie est un blasphème. Dans notre patrimoine littéraire, cinématographique, la créature se retourne contre le créateur, comme une punition divine." C'est le cas de Terminator, i-Robot, ou encore de la récente série Westworld. "Au Japon par exemple", poursuit la chercheuse, "la culture est très différente. Là-bas, le robot est une machine qui est là pour amuser l'homme. Chez nous, il y a une peur qui veut que ce que l'on fait va se retourner contre nous."

Des "Zora" bientôt dans nos maisons ?

Quel avenir, dès lors, pour les humanoïdes ? "Les robots sont destinés à être directement dans les appartements. L'idée, ce serait de pouvoir laisser un robot en permanence qui pourrait assister la personne." Il existe déjà des montres connectées, des bracelets détecteurs de chute... Mais d'ici à ce que les humanoïdes s'installent chez nos grand-parents, il y a encore du chemin à parcourir. "Il faudra voir en termes de sécurité, s'assurer que la machine ne souffre pas d'un bug qui puisse créer un accident."

La recherche n'est pas encore aboutie sur ce sujet, "mais elle pourrait avancer très vite", prévient la chercheuse. Cela pourrait en tout cas être une piste de travail pour favoriser le maintien à domicile, l'une des pierres angulaires du projet de loi sur la dépendance, qui doit être présenté dans quelques mois.

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