La vente de logements HLM aux locataires du parc social n'est pas une pratique totalement nouvelle. Mais ce qui se faisait jusqu'ici au compte-goutte, est en train de s'accélérer, suscitant parfois de fortes inquiétudes.

À Clichy-la-Garenne, dans les Hauts-de-Seine, la mise en vente des logements d’une résidence HLM suscite l’inquiétude d’une partie des locataires.
À Clichy-la-Garenne, dans les Hauts-de-Seine, la mise en vente des logements d’une résidence HLM suscite l’inquiétude d’une partie des locataires. © Radio France / Claire Chaudière

À travers le projet de loi ELAN sur logement, le gouvernement a fixé de nouveaux objectifs : 40 000 logements vendus par an. Des ventes qui doivent servir à financer la construction de nouveaux immeubles à loyer modéré, mais qui suscitent déjà des interrogations ici et là. 

Un flyer dans la boîte aux lettres 

Clichy-la Garenne dans les Hauts-de-Seine, à un kilomètre à peine du périphérique parisien. Une résidence HLM de 200 logements recouverte depuis plusieurs semaines de grandes banderoles accrochées aux balcons sur lesquelles on peut lire : "non à la vente, oui aux travaux".

"Tout à commencé en avril dernier, explique Robert Crémieux, le président de l'amicale des locataires de la résidence Jean Moulin. On nous demandait de laisser nos clés pour qu'un géomètre passe mesurer notre appartement avant qu'il soit mis à la vente"

Le ciel nous est tombé sur la tête.

« On nous dit qu’on ne sera pas expulsé si on ne peut pas acheter notre appartement, mais la vente pose d’autres problèmes » s’indignent Robert et Josette de l’amicale des locataires.
« On nous dit qu’on ne sera pas expulsé si on ne peut pas acheter notre appartement, mais la vente pose d’autres problèmes » s’indignent Robert et Josette de l’amicale des locataires. © Radio France / Claire Chaudière

Immédiatement mairie et bailleur veulent rassurer les résidents. Pas d'obligation d'achat, ni de déménagement forcé. Mais les locataires restent inquiets. Ils dénoncent une vente qui s'accompagne selon eux d'un désinvestissement de l'office HLM, réticent à financer des travaux, avant la cession des appartements. Ils affirment se sentir abandonnés. 

Des travaux pourtant urgents. Josette raconte les balcons qui tombent en morceaux, l'électricité, la façade à refaire, les ascenseurs constamment en panne : "combien de temps l'immeuble va-t-il continuer de se dégrader comme ça?"

Des habitants partagés

Dans la résidence, il y a ceux qui voient au contraire d'un bon œil la mise en vente de logements en dessous des prix du marché - c'est la règle - avec interdiction de revendre pendant cinq ans. "Très intéressant", acquiesce cet autre habitant, pour les ménages qui peuvent acheter.

La loi ELAN récemment votée entérine l’accélération de la vente de logements HLM aux locataires.
La loi ELAN récemment votée entérine l’accélération de la vente de logements HLM aux locataires. © Radio France / Claire Chaudière

Le bailleur social Hauts-de-Seine Habitat défend, lui, un processus effectivement avantageux pour des acquéreurs modestes et financièrement de plus en plus nécessaire pour les organismes HLM. Damien Vanovershelde son directeur général explique : 

Cela permet à nos locataires de devenir propriétaires, et au passage nous dégageons des fonds propres pour construire. Nous nous conformons à la volonté du gouvernement.

Quant aux travaux il promet qu’ils seront prochainement financés.

Spéculation immobilière et hausse des prix

Mais au delà de la question de la rénovation des bâtiments, d'autres effets pervers sont à craindre dans les années qui viennent, alertent de nombreux acteurs du secteur. Cédric Van Styvandael, à la tête de Housing Europe, la fédération européenne du logement social est un observateur attentif des expériences étrangères : "La revente d'ancien logements HLM génère, dit-il, de grosses plus-values, et donc de la spéculation immobilière et à moyen terme une hausse des prix."

C'est une erreur dans laquelle sont tombées la Grande-Bretagne il y a 30 ans, plus récemment la Suède et l'Allemagne. 

En France le gouvernement prévoit d'atteindre l'objectif de 1% du parc social vendu aux locataires chaque année. Une ambition limitée et acceptable pour certains. Susceptible, pour d'autres, de fragiliser durablement l'un des modèles de logement à bas coût les plus solides en Europe.

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