Ce dimanche, Paris Bercy affichera complet. Les 16 000 places se sont arrachées en 6 secondes ! Ce n'est pas un match de tennis ou de basket qui a provoqué un tel délire, mais la finale du jeu vidéo "League Of Legends". Focus sur ces jeunes payés pour jouer aux jeux vidéo, dans un milieu qui peut s'avérer impitoyable.

L'équipe de la ROG Esport au complet dans sa salle d'entraînement
L'équipe de la ROG Esport au complet dans sa salle d'entraînement © Maxppp / Marc OLLIVIER

C'est au campus des Mureaux, à une trentaine de kilomètres de Paris, au milieu d'une forêt de 17 hectares que s'est installé "Rog Esport", l'une des équipes professionnelles françaises. 

La visite des lieux commence non pas par la salle informatique, mais par le sous-sol où se trouve la salle de musculation mise à disposition des joueurs. Ils s'entraînent surtout le soir, pour décompresser, après 8 à 12 heures de jeux vidéo par jour. Un exercice qui demande beaucoup de concentration et provoque du stress.

À leur disposition également dans ce campus, une cantine midi et soir, ainsi que des chambres individuelles pour dormir sur place. L'essentiel de leur temps, les joueurs le passent tout de même scotchés à leurs écrans, casque sur les oreilles, autour d'une grande table ou assis sur des fauteuils aux allures de sièges de rallye. Face à eux, une grande affiche rappelle les règles du lieu : se réveiller à l'heure. Arriver avec le sourire. Ne pas manger devant l'ordinateur. Ne pas faire autre chose pendant les entraînements.

Tout est très encadré, loin du cliché de l'adolescent jouant à l'ordinateur, enfermé dans sa chambre, une main sur la souris, l'autre dans le paquet de chips. Quentin dit "Zeph", le capitaine de l'équipe League of Legends, assure d'ailleurs que cela n'existe plus au niveau professionnel : "La plupart des e-sport athlètes s'entretiennent très bien, ils ont des routines de footballeurs de haut niveau, ils se lèvent le matin, ils vont faire leur sport, c'est important de s'aérer et de ne pas penser qu'au jeu"

Quentin dit "Zeph" le capitaine de l'équipe de League of Legends à la ROG esport.
Quentin dit "Zeph" le capitaine de l'équipe de League of Legends à la ROG esport. © Maxppp / Adrien Vautier

Comme dans les centres de formation de football, on fait du sport mais on est aussi attentif au parcours scolaire car certains y entrent très jeunes, à 16 ans à peine. Il est hors de question qu'ils arrêtent leurs études. Sacha, le manager explique qu_'au "minimum on leur demande d'avoir le bac pour avoir une porte de sortie, on a bien conscience que sans diplôme, sans rien, c'est compliqué aujourd'hui'"._ Mais l'e-sport, et l'argent qu'il brasse, attirent de plus en plus de jeunes.  

En France, ils sont plus de 3 millions à jouer en amateur ou en loisir.  Double champion olympique de natation, Yannick Agnel est devenu directeur sport de MCES, une équipe d'e-sport basée à Marseille. Il voit des parents encore réticents : "Ça fait des années que l'on nous dit que le jeu vidéo c'est mal, que cela va tuer nos enfants ou les faire devenir des tueurs de masse. On est dans de l'irrationnel. On est obligés de passer par une phase entre guillemets 'd'évangélisation', où l'on doit expliquer avec diplomatie qu'on peut jouer aux jeux vidéo autrement".

Des milliers de supporters assistent aux oppositions entre joueurs professionnels de League of Legends.
Des milliers de supporters assistent aux oppositions entre joueurs professionnels de League of Legends. © Maxppp / Víctor Lerena

Jouer autrement pour ne pas s'enfermer, se désocialiser parce que à l'image des sports traditionnels, il y a ceux qui ne réussissent pas : pas assez forts, pas assez performants, et là ça peut vite devenir la catastrophe. 

Hadrien Forestier, l'entraîneur de l'équipe Splyce a conscience de ce danger : "Certains jeunes, dans l'optique de devenir professionnels, peuvent jouer plus de 10 heures par jour et si ça ne passe pas ça peut faire des dégâts. Même chose pour les joueurs professionnels, certains s'arrêtent à 23 ans sans avoir fait d'études, alors bien sûr certains se reconvertissent dans le milieu en tant que commentateurs ou coach, mais il n'y a pas de place pour tout le monde".

Dans les équipes françaises, les joueurs professionnels signent des CDD de onze mois et gagnent entre 1 000 et 3 000 euros par mois.

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