Alors que débute fin octobre, au Louvre, une exposition consacrée à Léonard de Vinci, la Joconde, “superstar” du musée parisien, vient de retrouver la salle des États dont elle avait été retirée le temps de repeindre les murs de l'espace en bleu de Prusse.

Sac cabas, étuis à lunettes, boite à bonbons, chaussettes... le mythique regard de la Joconde est déclinée sur (vraiment) tous les supports !
Sac cabas, étuis à lunettes, boite à bonbons, chaussettes... le mythique regard de la Joconde est déclinée sur (vraiment) tous les supports ! © Radio France / Xavier Demagny

"Je n'aimais pas La Joconde, parce que tout simplement moi aussi elle m'agaçait. J'avais l'impression qu'elle cachait tout le reste. On m'a donné La Joconde entre les mains, je m'en souviens c'était en novembre 2006. C'est un tableau, ça va vous paraître un peu fou, qui est vivant" . Celui qui parle ainsi est l'ange-gardien de La Joconde, Vincent Delieuvin, son conservateur au Louvre et l'un des commissaires de l'exposition Léonard de Vinci qui débute le 24 octobre au musée parisien. 

Lundi, La Joconde a retrouvé ses quartiers de la salle des États. Même si elle ne sera pas dans l'exposition, sur le parcours c'est elle que l'on voudra voir. Car elle a quitté sa place pendant trois mois le temps de repeindre en bleu de Prusse teinté de noir les murs de l'immense salle

C'est vrai, une fois raccrochés, les couleurs des 42 chefs d'œuvre qui la côtoient “claquent” à nouveau. Couvrant tout un mur, Les Noces de Cana de Véronèse, le plus grand tableau du Louvre : 60 mètres carrés. En face, La Joconde, seule dans sa vitrine, pourtant c'est elle qui fascine.

Pourquoi ? “Ceux qui l'ont vu pour la première fois on certainement été saisis, véritablement, d'effroi, de la capacité extraordinaire que ce peintre avait eu d'enfermer la vie sur un panneau” souligne Louis Franck, spécialiste de la renaissance italienne au Louvre. 

_“Léonard a inventé une composition qui est extrêmement dynamique et qui est en interaction avec le spectateur. On voit une femme qui se tourne vers nous et qui nous sourit. Comme il y a cet effet de vibration de la matière, cette vie qui est donnée à la peinture, l'interaction est très forte. Ce tableau, en fait, c'est un grand tableau. Il est aujourd'hui dans une immense salle et les gens ont l'impression souvent qu'il est petit, qu'il est un peu décevant parce qu'on le voit à peine de loin, en vérité c'est un très grand tableau, très grand portrait"précise Vincent Delieuvin. _

"Léonard a représenté cette dame à l'échelle humaine. Donc quand vous êtes face à elle, c'est un véritable dialogue qui s'instaure (...) c'est un tableau qui parle à tout le monde" 

Produits dérivés à gogo

Le Louvre accueille 10 millions de visiteurs chaque année et 80 % d'entre eux viennent pour La Joconde. Elle se décline en étui à lunettes, tablier, sac à main et même en chaussettes. Elle trône en majesté, invitée parmi les Vénitiens et les Florentins, dans la seule salle assez grande pour accueillir ses 30 000 visiteurs quotidiens. 

Chargé de la peinture italienne du XVIe siècle, Vincent Delieuvin poursuit : “La Joconde est condamnée à ne plus jamais être observée comme elle devrait être observée, c'est-à-dire dans un tête-à-tête. C'est la rançon du succès, comme toutes les grandes stars dès qu'elles apparaissent, tout le monde veut les voir. C'est une marche inexorable. La Joconde a aussi servi à des artistes, a été réinterprété de multiples fois, a été utilisé pour la publicité et c'est devenu une image célébrissime, qui s'adapte à toutes les situations : qui boit du whisky, qui conduit une voiture, se fait coiffer avec une nouvelle coupe de cheveux. Les gens sont libres de l'interpréter comme ils veulent, si ils pensent que c'est le portrait de Léonard en travesti, s'ils pensent que ça représente un tableau qui recèlerait un mystère caché, ce qui est tout à fait faux en réalité, l'interprétation est libre et la réutilisation aussi de l'image est tout à fait libre.“

Foin de toute polémique, oui, La Joconde a été déplacée mais au sein du musée sur quelques centaines de mètres et en sept minutes. Car elle est fragile : “Elle a une fente ancienne et qui en réalité est très grave. Elle descend jusqu'aux limites du visage. Si on la soumet à un régime de vibrations excessifs, ce qu'il risque de se passer, c'est que le visage casse. La Joconde est peinte sur un support de bois de peuplier, c'est une peinture très fragile. Même si le climat est parfaitement contrôlé, on est obligé chaque année de la sortir de la vitrine pour pouvoir vérifier qu'il n'y a pas de problème. Lors de l'un des examens, à la fin des années 90, il y avait justement au niveau de la fissure un soulèvement de matière picturale. On a re-fixé cette couche picturale. Donc ça montre bien qu'elle n'est pas stable. C'est un tableau qui est fondamentalement et intrinsèquement fragile.”

Dans cette exposition Léonard de Vinci, Mona Lisa se fera-t-elle voler la vedette par L'Homme de Vitruve, la Scapilliata ou les 23 dessins prêtés par la Reine Elisabeth dont une magnifique Léda ? et Le Salvatore Mundi sera-t-il là ? Comme toujours avec Léonard : mystère.

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