Le gouvernement a lancé lundi 5 octobre un plan pour relancer la pratique du sport à l'école afin d'enrayer les habitudes de "sédentarité". En 40 ans, les collégiens français ont perdu 25% de leurs capacités cardiovasculaires, en partie parce qu'ils font de moins en moins d'exercice physique.

Un cours de sport d'une classe de 6e au collège Jules Verne, à Rosières-en-Santerre
Un cours de sport d'une classe de 6e au collège Jules Verne, à Rosières-en-Santerre © Radio France / Alexandre Berthaud

Lundi, la ministre déléguée aux sports, Roxana Maracineanu, dressait ce constat dur : "nos enfants perdent en motricité, en capacité cardio-respiratoires, il est urgent d'infléchir cette tendance". Pour infléchir, le gouvernement lance une expérimentation dans trois académies (Créteil, Poitiers, Besançon) : les écoles volontaires pourront ajouter quotidiennement à leur programme 30 minutes de sport (en plus de l'EPS). 

À quel point les adolescents d'aujourd'hui courent moins bien que ceux d'hier ? Pour y répondre, direction la Somme, Rosières-en-Santerre, 3.000 habitants, son clocher et, juste en face, un collège, pas vraiment neuf. Ici de nombreux élèves viennent de familles de catégories socio-professionnelles modestes, "presque autant qu'en REP", explique Yann Sthal, professeur d'EPS. Il travaille au collège Jules Verne depuis quinze ans. Quinze ans qu'il prépare les cours d'Education Physique, quinze ans qu'il voit chaque année le niveau des classes de sixième baisser inexorablement. 

"Il y a quinze ans, on faisait un test de 30 minutes de course à pied aux sixièmes. Aujourd'hui c'est 20 minutes."

À Rosières-en-Santerre, Yann partage les cours d'EPS avec Carole, qu'il a rencontré ici, qui est devenue Mme Sthal. "On leur demande simplement de terminer les 20 minutes de course, ils n'ont plus de rythme particulier à tenir", acquiesce-t-elle. Le couple va plus loin, il remarque des problèmes de motricité chez les élèves. De plus en plus, ils doivent revenir aux bases que les élèves sont censés avoir acquis durant la maternelle et la primaire : sauter, attraper, lancer, courir en lançant, en sautant. "On pense carrément à faire un cycle pour leur apprendre tout ça. À quoi ça sert de les faire jouer au basket si deux sur trois ne peuvent pas attraper un ballon ?", poursuit Carole Sthal.

La sédentarité, une habitude devenue fléau

Une fois l'athlétisme terminé, les élèves rentrent dans le gymnase pour du badminton. Volontaires, ils affirment quasiment tous "aimer" le sport. La séance se déroule normalement, tout le monde participe. "Le problème ce n'est pas ici, c'est qu'ils ne pratiquent pas chez eux. On voit bien quand on les entraîne qu'ils ont les capacités, mais vu qu'ils ne font que très peu de sport en dehors de l'école, ça se ressent", explique Yann Sthal. Effectivement, les jeunes, onze ans en moyenne, décrivent bien souvent une activité préférée liée aux écrans : "TikTok sur mon téléphone" pour l'une, "des vidéos sur Youtube sur l'ordinateur" pour un autre, "jouer aux jeux vidéos sur ma console" pour un dernier. À cela, il faut ajouter une offre sportive limitée au niveau des clubs, dans ce territoire rural : "On n'a pas grand chose à leur offrir", regrette Carole. Et puis, si trois heures d'EPS hebdomadaires sont théoriquement dans le programme à l'école primaire, dans les faits, ce temps est réduit à une heure trente en moyenne, selon un rapport récent de la Cour des Comptes. Tout cela explique un retard accumulé, qui pèse chaque jour un peu plus dans les habitudes d'une génération qu'on pourra bientôt surnommer "génération canapé".

Tony Estanguet et de nombreux autres sportifs connus, lors des "journées des JO", organisées chaque année pour promouvoir le sport à l'école
Tony Estanguet et de nombreux autres sportifs connus, lors des "journées des JO", organisées chaque année pour promouvoir le sport à l'école / Paris 2024

Le sport booste les résultats scolaires

Depuis plusieurs années François Carré, cardiologue du sport à Rennes, se bat pour alerter les pouvoirs publics sur les dangers de la sédentarisation. Pour lui, les politiques publiques vis-à-vis de ce fléau sont comparables à celles liées au tabac après la Seconde Guerre Mondiale. "Personne ne pensait que c'était dangereux de fumer à l'époque, et bien là on est dans la même situation en France, on n'a pas mesuré les effets, on ne met pas le paquet sur la prévention". Prévenir, c'est encourager le sport, faciliter la pratique du vélo en ville, veiller à produire des campagnes concernant l'alimentation. "En Suède ils font de la prévention, l'espérance de vie en bonne santé est de 9 ans supérieure à la notre", explique François Carré, "ça coûte une fortune en médicaments". Les résultats scolaires aussi s'en ressentent, selon plusieurs études.

"Il y avait une institutrice anglaise, elle a décidé de faire marcher un 'mile' à ses élèves chaque matin avant de commencer la classe. Rapidement, on s'est rendu compte que ses élèves avaient les meilleurs résultats de l'école"

Des études scientifiques ont découlé de cette anecdote, mais n'ont jamais été lues, c'est ce que déplore le Pr Carré, par les responsables politiques. Heureusement, la France a obtenu l'organisation des JO 2024 et doit mettre sa jeunesse, son système sportif, à la page. Certains membres de l'organisation des Jeux, comme Marie Barsacq, ont profité des réunions avec les ministères pour leur faire prendre conscience de la situation, chiffres à l''appui. "On voit que les activités sportives ont une influence positive sur la concentration pendant une heure après le sport", explique-t-elle. 

Après un an de discussion, elle a vu Jean-Michel Blanquer et Roxana Maracineanu annoncer la demi-heure supplémentaire de sport chaque jour à l'école, en expérimentation dans trois académies, dans les écoles volontaires. Un premier signe positif d'une prise de conscience pour lutter contre la sédentarité, et éviter à la France de tendre vers les prédictions les plus pessimistes du Pr Carré : une population davantage malade, avec une espérance de vie plus courte.

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